Archives de l’auteur : Randonue.Chartreuse

À propos Randonue.Chartreuse

Auteur et gestionnaire du site.

Le Passage du Fort

Alpes, chaîne de Belledonne.

Octobre 2010.

Seul.
E ce n’est pas faute d’avoir lancé des invitations !

Tout au Nord de la Chaîne de Belledonne, un site resté sauvage.

Des environs des chalets de la Platière, tout au fond, le passage du fort à gauche des Grands Moulins.

Philippe m’a laissé tomber hier soir.
Tant-pis, j’irais seul. De plus, pour des raison familliales, je suis obligé de partir vers midi. Avec un heure de trajet, je serais au bout de la petite route des chalets du Remou à 13 h.
Sur ma route, en Chartreuse, les parkings de départ de rando sont plus que pleins. Pas de doute, il va y a du monde en montagne, même sur un itinéraire peu connu comme celui que je compte parcourir.
Six voitures sur le parking, plus ceux partis de Prodin et de Valpelouse..
Je n’ose pas me mettre tout de suite nu, persuadé que je vais enchainer les rencontres. En effet ce n’est qu’un peu avant le lac Vert, après avoir croisé plusieurs personnes que j’ai la certitude d’être enfin seul.

Lac Vert.

Ca y est, je peux ranger mon short dans le sac et après un premier casse croute, attaque la remontée de l’éboulis sous le passage du Fort.
La crête est assez vite gagnée.

Le lac Vert est moribond.

D’ici, la vue porte du Mont Blanc à la Meije.

Du passage du Fort, vue sur les crêtes de Belledonne, les Aiguilles d’Arves et la Meige.
Les crêtes rocheuses montent à l’assaut du ciel.

J’ai pour objectif de ralier la pointe du Rognier par les crêtes (j’ai vu dans des topos sur internet que c’était possible). Très vite les choses se compliquent. la crête devient rocheuse et l’escalade indispensable. Puis tout se calme à l’approche du large ensellement du col du Gargoton.

Au col du Gargoton, à l’horizon, le Mont Blanc.

La suite est loin d’être évidente. La crête est barrée par une serie de gendarmes. Quelques cairns me conduisent après une descente au pied d’un raide couloir herbu qui remonte à la crête. La suite semble bien être là, mais il commence à se faire tard et je préfère redescendre dans le versant Ouest du col pour rejoindre mon itinéraire de montée.

A l’orée de la forêt.
Vue sur la Pointe du Rognier depuis les sources du Gargoton.

Peu après m’être engagé dans la forêt, je suis surpris par un couple qui monte en direction des sources. je n’ai ni le temps ni l’envie de me rhabiller, alors je passe à 10 m d’eux avec un joyeux bonjour. Pas de réponse…
Plus bas, alors que je m’enfonce dans le crépuscule qui déjà envahis la forêt, je m’arrête pour écouter les hurlements de deux loups qui se répondent, quelque part sous les Grands Moulins.

Le Pas du Serpaton

Alpes : massif du Vercors

Septembre 2011

Seul

Ayant un rendez-vous le matin dans le Triève, j’avais proposé, sans succès, sur la liste une petite randonue un vendredi après-midi, jour sans chasse en Isère.

La piste à quelques 100 m de ma voiture.

Parti de la voiture vers midi, le secteur semble désert et je suis immédiatement nu.
Cependant, un ou deux virages de la piste plus loin, alors que j’installe mon pied photo, j’entends le crissement sur le gravier d’une voiture qui descend. j’ai le temps d’enfiler mon short avant qu’elle soit en vue.
Le conducteur me croise, puis s’arrête et revient en arrière pour me demander soupçonneux ce que je fais. Il ne voit pas vraiment l’intérêt de la photo et demande des explications. Au bout de 5 mn, il finit par s’éloigner, comme à contre cœur et je suis à nouveau nu.

Pas de Serpaton.
Dans la forêt de hêtres.

Malgré ma nudité, je ruisselle de sueur. Heureusement au sortir de la forêt, un souffle de vent vient me rafraichir.

Au sortir de la forêt.
Vue sur la vallée du Monestier de Clermont.
Derrière les prairies du Serpaton, le massif du Vercors.
Mont Aiguille et Grand Veymond.

Sur l’autre versant du col, une route goudronnée arrive à un important émetteur radio. Cependant les alentours, hors les vaches, sont déserts.

Après avoir parcouru quelques centaines de mètres sur la crête en direction du Nord, je rebrousse chemin.

La moraine de Bonne Pierre

Août 2011.

Seul

Alpes, massif des Ecrins

Au pied des Ecrins.

Vallée du Vénéon.

Le sentier est encore à l’ombre des grandes parois et un vent frisquet dissuade de se mettre nu.

La longue moraine rive droite du glacier est le seul chemin praticable vers le fond du cirque, au pied du Dôme des Écrins.

Enfin, le soleil surmonte les sombres parois et vient réchauffer l’atmosphère.

Petit lac glaciaire vers 2900 m d’altitude.

Au sommet de la moraine de Bonne Pierre, station météo automatique, plantée dans la glace.

Le Dôme des écrins et la brêche du même nom à gauche qui permet de passer au Glacier Blanc.

Pause casse-croute.

Le glacier de Bonne Pierre.

Ce matin, j’étais le premier sur le sentier et je n’avais pas à me soucier d’éventuelles rencontres. Cependant, j’avais pu observer plusieurs groupes qui me suivaient à bonne distance. Il est certain qu’ils allaient me croiser à la descente. Ce qui ne tarda pas, d’abord un couple, puis un groupe avec son accompagnateur.
A chaque fois j’ai pu anticiper et remettre mon short. Cependant, ma tenue « très légère » en ces lieux de haute montagne intrigue.

Sur la crête effilée de la moraine.

Face Nord-Ouest du dôme des Écrins.

En arrivant vers le bas de la moraine, je passe à quelques distances d’une femme assise sur un bloc et qui lit en attendant le retour de son compagnon. Je ne suis même pas sur qu’elle ait relevé la tête pour me regarder passer.
Par contre, non loin du carrefour avec le sentier principal, je me fais surprendre, alors que le sentier chemine au cœur d’un buisson de vernes, par deux grimpeurs lourdement chargés. Bonjour;…Bonjour!

Extrait de carte IGN

LA GRANDE SURE

Août 2011.

Seul (ou presque..)

Alpes, massif de la Chartreuse.

Un jour de temps médiocre.

Météo-france avait annoncé une journée de pluie. Cependant vers les dix heures du matin, un rayon de soleil et quelques taches bleues dans le ciel laissent augurer d’une amélioration. Je suis seul à la maison et n’ai pas envie de passer ma journée devant l’ordinateur. Je décide donc d’aller randonner nu du coté de la Grande Sure.
Quand l’arrive à Currière, il n’y a que deux voitures sur le parking des randonneurs. Les hautes falaises du cirque se perdent dans les nuages.
Je remonte à pied la piste carrossable jusqu’ au belvédère et je suis rapidement nu.

Pause au belvédère.

La piste se transforme en un chemin détrempé par la pluie de la nuit précédente et au bout d’un kilomètre cède la place à un sentier qui traverse longuement en versant Ouest. Celui-ci, bien que balisé de loin en loin, ne figure que partiellement sur ma carte, ce qui ne manque pas de m’inquièter sur sa destination réelle.
Finalement, il rejoint le sentier plus fréquenté du cul de la Lampe qui monte depuis Saint Laurent du Pont. Rapidement celui-ci émerge de la forêt et je puis me rendre compte que je le seul humain dans le secteur.

Passage du Cul de la Lampe.

La crête de la Grande Sure.

Les nuages se sont suffisamment élevés pour laisser apparaître les sommets, cependant le ciel reste bouché.

Au Cul de la Lampe.

Dans l’alpage.

En débouchant dans l’alpage de la Petite Vache, les lieux sont totalement déserts (hors les vaches que je dois presque pousser pour passer). Je subit deux petites averses au piquotement agréable sur la peau nue. Cependant, j’hésite à m’engager plus avant si jamais cette pluie devenait plus durable.
Un léger vent frais déchire temporairement les nuages et laisse percer un bref rayon de soleil qui m’incite à poursuivre.
Je croise quelques mouflons qui en quelques bonds disparaissent derriere les ondulations du terrain.

Le col de la Grande Vache et les rochers de la Petite Vache.

Un peu en dessous du col de la Sure, je me tiens à distance, sans me rhabiller, de deux randonneurs qui partent en direction de la Charmille.
Deux autres me précèdent sur la montée à la Grande Sure et quelques taches de couleur m’indiquent une présence sur le col de la Grande Vache.
Je garde un écart avec mes prédécessurs suffisant pour ne pas les gèner avec ma nudité, ce qui m’oblige à m’arrêter quand il s’arrêtent eux même. Ces pauses intempestives sont désagréables en raison d’un vent frisquet qui balaye le vaste ensellement du col.
Le petit jeu continue jusqu’à proximité du sommet ou j’enfile un short et un Tshirt. Je les rejoins alors au pied de la croix. Je casse la croute dans un petit creux à l’abris du vent et attend qu’ils se décident à redescendre pour retrouver ma nudité et prendre la photo du sommet.

A la croix sommitale.

La descente se fait dans les mêmes conditions. Je croise un couple montant. Les ayant vu venir de loin, j’ai eu largement le temps de renfiler le short. Engoncés dans des anoracks, ils s’étonnent de ma résistance au froid…

Vers le col de la Charmille.

Afin de varier les paysages, je décide de revenir par le col de la Charmille. Malheureusement pour moi, c’est aussi l’itinéraire que choisissent mes prédécesseurs qui continuent à marquer de nombreux arrêts.
j’hésite à me rhabiller et les doubler. Je tente le coups au col de la Charmille, mais ils se mettent d’un coup à cavaler dans la descente. Je reste donc derrière et retrouve ma nudité. Parfois dans le brouillards, je suis très proche d’eux.

Dans le brouillard en forêt.

Descente sur la Chartreuse de Currière par le pas des Agneaux.

Rhabillé à peu de distance du parking, j’essaye d’engager la conversation avec ceux que j’ai suivi si longtemps. Ma nudité ne leur a pas échappé. Visiblement, ils me prennent pour un douteux original avec qui il vaut mieux ne pas trop échanger.

Extrait de carte IGN.

La Rivière Ain

Une belle randonue, pas très éloignée de Lyon et pour une fois à plat…

Nos amis randonneurs nus Lyonnais, m’ont souvent dit qu’il n’y avait pas de sites vraiment propices à la randonue à une distance raisonnable de leur ville.
Voici un itinéraire fort beau à 40 Km de chez eux.
Je suis partis du pont de Port Galland, en rive droite et ai remonté le cours de la rivière vers Port Neuf. J’ai traversé l’Ain par le pont de la D124 et j’ai redescendu le cours par la rive gauche.
Sur 18 Km, aucune rencontre gênante, hors une cycliste qui m’a vu de loin et les naturistes de Port Galland.

En rive droite, non loin de Port Galland, dans la zone naturiste.
Dans le lacis de petits sentiers.
Pause sur une grève.
Par moment l’itinéraire rejoint des pistes ensablées.
Le château de Gourdans.

A partir du château de Gourdans, et jusqu’à la départementale 124, l’itinéraire est balisé de coups de peinture fluorescente verte.

Méandre de la rivière.
Fleurs de fin d’été.

IL fallu se rhabiller sur une courte section pour traverser le hameau de Port Neuf et pour franchir le pont de la D124. De l(autre coté, plus de balisage ; suivre au mieu les sentiers et traces qui se rapprochent de la rivière au risque de quelques contremarches (voies sans issues).
Le sentier devient souvent une simple trace et il faut se baisser pour passer sous des branchages bas.

En rive gauche, l’itinéraire n’est jamais balisé et souvent mal tracé.
En rive gauche, grande grève en face du château de Gourdans.
Le travail des castors.

En final, deux possibilités :

  • soit on a placé une voiture au point de stationnement des naturistes (sur la D84), et on la rejoindra en suivant la ligne Haute tension vers le Nord-Est ;
  • soit suivre la rive gauche jusqu’ à proximité du pont de Port Gallant et franchir la lône par une bande de gravier immergée (eau jusqu’à la ceinture, pas de courant). On fera bien de repérer le passage depuis le pont avant le départ de la balade.

LE GRAND REPLOMB

Juin 2011

Seul

Alpes, massif de Belledonne.

Le Grand Colon, la Grande Lance de Domène et le Grand Replomb. Ces sommets dominent directement la vallée du Grésivaudan.

Les collines de Belledonne et la vallée du Grésivaudan.

Le temps est bouché sur Belledonne, mais des éclaircies se développent sur la vallée. Cependant, il y a déja beaucoup de voitures au parking de Pré Marcel, point de départ pour monter au refuge Jean Collet. Pour ma part, je vais utiliser un itinéraire nettement plus confidentiel. Dès le pré Michu, je tourne à gauche et je suis nu.
La piste s’élève dans la forêt ménageant de place en place des vues sur la vallée, jusqu’à rejoindre la large croupe qui descend de la crête d’Orionde. Des traces de pas, toutes fraiches, dans la boue m’informent que je suis précédé par un petit groupe. D’ailleurs je les localise bientôt, trois personnes remontant le dernier ressaut sous la cabane d’Orionde.

En montant vers « Orionde ».

Lorsque je débouche à mon tour sous la cabane, la bise et le brouillard qui court sur la lande m’obligent à me revêtir. Mes prédécesseurs sont réfugiés dans la cabane dont la cheminée fume.
Au dessus de la croix d’Orionde, le sentier disparait dans une prairie et subssistent seulement de rares cairns pour me guider. Je suis une trace qui se termine brusquement à un abreuvoir; Le passage doit être plus haut. Effectivement je retrouve une sente mieux tracée qui franchis une côte rocheuse. Insensiblement, je suis passé de la crête arondie d’Orionde à un versant sud à l’abris du vent du Nord et puis à nouveau progresser nu. L’itinéraire, maintenant ponctué de marques bleues rejoint le fond d’un cirque constituant le versant Ouest du Grand Replomb. A la faveur d’une déchirure dans les nuages, j’apperçois, loin devant moi, deux personnes qui traversent un névé.

Premières plaques de neige.

Dix minutes plus tard, je rejoins le névé et contourne un éperon rocheux pour prendre pied sur une court replat à la base d’un grand éboulis. Mes prédécesseurs, quelque deux cent mêtres au dessus sont engagés dans une traversée horizontale qui finit dans des barres rocheuses où ils disparaissent.

Dans le grand éboulis.

A mi-hauteur de l’éboulis (grande marque à la peinture orange, visible de loin), se reconstitue un sentier bien marqué en traversée vers la droite. Les nuages, par moment , se déchirent, offrant quelques rayons de soleil.

Brève éclaircie sur le plateau intermédiaire.

Après une traversée qui aurait pu être vertigineuse si elle ne s’était pas faite dans l’intimité des nuages, la trace débouche sur un vaste plateau au relief indécis. A la faveur de trop rares éclaircies j e suis tant bien que mal quelques cairns qui finissent par me conduire à l’amorce d’un sentier qui s’élève latéralement dans une forte pente que je soupçonne de soutendre l’arête sommitale. En effet je débouche sur cette dernière au niveau d’un petit col. A ma droite, des a-pics se perdent dans le brouillard. Je remonte longuement l’arête, m’attendant à chaque instant à croiser mes prédécessurs qui redescendent ; mais c’est sans avoir rencontré personne que j’atteind un drapeau de prière tibétain qui ondule dans le vent d’un sommet. Mais quel est le vrai sommet ? Deux autres pointements se devinent au travers de la brume, encadrant un névé triangulaire. Je traverse le névé en diection de celui qui semble le plus haut, surmonté d’un cairn alors que le brouillard se déchire d’un coup, laissant apparaitre dans une brêve éclaircie les sommets alentours.

Dans les parages du sommet.

Quand les nuages se déchirent.

Pause au sommet.

J’avais envisagé de redescendre sur la lac de Crop par un couloir d’éboulis et ainsi de varier les paysages traversés. A partir du 3eme sommet, je descend une large crête d’éboulis. D’après le topo que j’ai lu sur internet, je dois assez vite trouver un couloir à ma gauche qui va descendre sur le lac. La pente qui se perd dans la brume n’est pas du tout engagente et je préfère rester sur l’arête qui jusqu’ici est facile à parcourir. La descente s’accentue et je viens dominer ce qui semble être un col. Le col de la Mine de Fer ?. Une petite barre rocheuse de moins de 2 m de haut le sépare de l’éboulis. Je m’en rapproche pour chercher un passage facile à desescalader. C’est alors que mon pied glisse sur des gravillons posés sur une dalle. je perd l’équilibre, roule, et chute au pied de la barre. Mon sac a amortis le choc : rien de cassé, mais le sang coule de nombreuses coupures sur les jambes, les mains et le bas du dos. Je reprend ma marche sans me rhabiller. Je laverais mes plaies une fois au lac. Mais au fait, ou est’il ce lac ? Les nuages le lèvent et découvent un beau vallon au fond encombré d’une moraine, mais de lac, point!
je consulte la carte, il doit se trouver derrière la moraine. je traverse un chaos de blocs en suivant une petite sente, mais toujours pas de lac…

La vallée inattendue.

Encore une croupe herbeuse et je débouche au dessus d’un refuge aux abords animés que je reconnais pour être celui de Jean Collet. En fin de compte, je me suis totalement trompé en partant du sommet et me suis engagé sur un mauvaise arête qui m’a ramené vers le Sud. Ensuite, la disposition symétrique des vallons m’a conduit à persévérer dans mon erreur.
Qu’importe, le retour à mon point de départ n’en sera que facilité.
Je m’arrète à la source au dessus du refuge pour laver mes plaies et faire l’inventaire des dégâts. Je ne saigne plus et peut me rhabiller sans craindre de tacher mes vêtements.
Le retour se fait par le sentier « autoroute » du refuge à Pre Marcel.

Refuge Jean Collet.

Extrait de carte IGN

La crête de la Lentille et la Gorgeat.

Mai 2011.

Seul.

Alpes, massif de la Chartreuse.

Le sommet de la Gorgeat domine le bassin chambérien au Sud par des escarpements et ravins spectaculaires.
l’accès le plus courant à cette grande classique de la randonnée en Chartreuse se fait à partir du col du Granier en environ une heure de marche.
Pour ma part, je préfère celui par l’arête de la Lentille plus long, mais plus discrets et ménageant des vues vertigineuses sur la vallée.
Ainsi, vers 11 h, ce matin, je gare ma voiture un peu à l’écart de la départementale, non loin du tunnel du pas de la Fosse, et part nu de mon véhicule.
A un grand chemin, presque carrossable, je préfère une sente étroite qui chemine parallèlement dans les buis. Ceux-ci encore mouillés de l’orage d’hier me gratifient de temps en temps de quelques goutes d’eau, d’autant plus fraiche qu’un petit vent du Nord rafraichis sérieusement l’atmosphère.
Le soleil alterne avec des petits cumulus qui annoncent des averses ou des orages pour l’après-midi.
L’orage d’hier, je l’ai pris sur le dos alors que je montais en randonnue au dessus du habert des Rochers, dans la vallée du couvent de la Grande Chartreuse. Les premières gouttes sur la peu étaient plutôt agréables ; puis je m’étais abrité un temps dans un appentis de la bâtisse. immobile le froid me gagnait, alors il a fallu que je me décide à redescendre sous la pluie qui ne voulait pas cesser. J’étais resté nu jusqu’à la voiture afin de ne pas mouiller mes habits au sec dans le sac à dos. La serviette que j’emporte toujours avec moi fut bien utile.
Oh ! Alors que je rêvasse, j’ai bien faillis être collisionné par un raider et son chien qui ont surgit au détour du sentier. Un bonjour pour le maître et une petite caresse sur le front du chien, un magnifique huskie, et chacun repart dans son sens. Eux en courant, moi plus posément.

Chambéry et le lac du Bourget.

Le cirque de la Gorgeat.

Plus haut, le sentier rejoint la piste qui chemine à proximité de la crête, offrant quelques vues dominantes sur Chambéry et le lac du Bourget.

Virage après virage la piste s’élève, s’enfonçant dans la profondeur de la forêt, puis revenant à chaque fois au bord de la falaise.
Non loin du but, la piste part à gauche et un sentier poursuit sur l’arête. Suite à la pluie d’hier, il est assez glissant et par moment un faux pas pourrait être fatal à cause de la proximité de l’a-pic.
A une vingtaine de mètres de la clairière sommitale, je m’arrête et écoute, aucun bruit, hors le vent dans arbres. Précautionneusement je m’avance jusqu’au sommet qui est désert. Pas de traces de pas dans la boue, je suis le premier de la journée.

Quelques photos et je me dépêche de descendre par l’itinéraire normal (en effet je vais l’emprunter sur 200 m pour rejoindre une piste qui me ramènera à l’itinéraire de montée). De très nombreux randonneurs ont du partir ce matin du col du Granier et sont en route en ma direction. Je suis donc particulièrement attentif et détecte avant qu’ils ne me voient les premiers d’entre eux. J’ai eu le temps d’enfiler discrètement mon short avant de les croiser. « Eh bien vous être drôlement réchauffé vous ! ». Un deuxième groupe, puis je quitte « l’autoroute » et reprend ma tenue préférée. Plus aucune rencontre dans la descente, pas le moindre promeneur du Dimanche.

Extrait de carte IGN.

Les rochers de Fouda Blanc

Juin 2011.

Seul.

Alpes, massif de la Chartreuse.

Une rapide randonue crépusculaire sur les Hauts de Chartreuse.

Il a fait un temps pourri tout le Week-end. Ce lundi, la météo est un peu meilleure, bien que le ciel n’ait pas été totalement dégagé.
Sur le soir, alaternent des cumulus « de beau temps » et des plages de ciel bleu.
Les routes étant fermées pour une course cycliste, je décide d’une randonue courte, mais assez aérienne non loin de chez moi, en soirée, après le travail.

Sur la crête de la Sétive.

Je suis aux Varvats au dessus du cirque de Saint Même à 18 h. Un bout de route goudronnée me mène à la ferme de « Chez Tardy ». Dès le premier virage du chemin, je suis nu.
La piste assez raide s’élève à flanc dans la forêt, et je suis rapidement en sueur. Au bout d’un quart d’heure de marche, j’abandonne le large chemin pour un sentier qui monte droit dans la pente en direction de la crête de la Sétive.
Le sentier parcourt là quelques 100 m dans un champ de gentianes, ménageant une belle vue sur le cirque de Saint Même et les sommets qui le dominent.

Le synclinal de l’Aup du Seuil.

Dégoulinant de sueur, l’attaque des mouches est maximum. Je progresse suivi d’un nuage vrombissant. Heureusement le retour dans la forêt dissuade le plus gros de me suivre.

Paroi du Biolet.

Le sentier quitte définitivement la forêt sous les impressionnantes falaises du Biolet, puis s’insinue vers le Nord sur une étroite vire qui court dans les premières barres de la falaise.
Un pas d’escalade de quelques mètres permet de gagner une large conque où le sentier s’élève en de rapides lacets.

Les moutons occupent les vires.

Le sentier vient butter contre un petit ranc où s’ouvre une grotte dont le plafond est percé d’un trou. Une échelle en fer permet de franchir l’obstable et d’atteindre par un pas aérien la vire supérieure.

Passage de la Grotte de l’Échelle.

La barre suivante se franchis par une escalade dans une « boite aux lettres » où il faut ramoner. Nu, celà n’est pas évident. Le sac à dos accroche aux grattons du rocher et je finis sur les genoux qui n’apprécient pas particulièrement. Une dernière et très courte cheminée permet de prendre pied sur le plateau.

Débouché sur le plateau de l’Alpe.

L’itinéraire dans les lapiaz est ponctué de points bleus que je suit soigneusement. Pressé par l’imminence de la nuit, je laisse de coté la montée au sommet de Fouda Blanc et poursuit la descente vers le fond du synclinal de l’Alpe.

Dans les Rhododendrons, juste sous le sommet de Fouda Blanc.

Le haut du vallon de Pratcel.

Solitude.

Le pas de l’Échelle (où il n’y a pas d’échelle !) me permet de rejoindre le fond du vallon de Pratcel.
Le retour se fait dans une ambiance de plus en plus sombre par le long chemin des Varvats, où l’on espère à chaque fois que la remontée qui fait tirer les mollets sera la dernière.
La petite maison des Varvats est éclairée, la porte fenêtre ouverte. Je me rhabille à quelques dizaines de mètres de la voiture. Il est 21h30.

Crépuscule dans la prairie, en bas du vallon de Pratcel.

Extrait de carte IGN.

 

Le Charmant Som

Mai 2011.

Seul

Alpes, massif de la Chartreuse.

Comment atteindre en randonue, un sommet particulièrement fréquenté sans croiser un grand nombre de promeneurs parmi lesquels il y aura probablement un ou plusieurs grincheux n’appréciant pas notre tenue préférée ?
Parmi les solutions, il y celle qui consiste à utiliser des itinéraires, moins fréquentés que la voie normale (plus longs, moins spectaculaires, etc…), mais au sommet vous retrouverez immanquablement la foule des beaux jours.
Randonner sous la pluie (ou la neige) pourrait aussi être une solution, mais quand même pas vraiment agréable, quand aux paysages …
Il ne reste plus qu’à jouer sur les horaires, être au sommet quand les autres sont encore sous la couette, à table ou devant leur télévision.
C’est une option que j’ai souvent retenue. Soit entre midi et 2 pour de courtes balades autour de chez moi, soit le matin comme au Grand Colon (voir récit précédent), soit en soirée.
Se lever avant les autres présente quelques inconvénients : même en plein été, en montagne, le froid peut vous inciter à rester habillé. D’autres matinaux peuvent vous accompagner, mais comme tous vont dans le même sens, le risque de rencontres est limité, sauf au sommet ; par contre à la descente, vous croiserez tous ceux qui partis à une heure moins glorieuse se succèdent par vagues colorées et bruyantes sur le sentier.
Pour le Charmant Som, le Grand Som, et quelques autres sommets très parcourus de Chartreuse, j’ai opté pour la randonue crépusculaire avec un départ vers 17 ou 18 h et un retour à la nuit, soit en juin ou juillet vers 22 h. C’est garanti. A part quelque éventuel attardé compréhensif, il n’y a plus personne au sommet.
Par contre, une bonne évaluation préalable du temps de parcours, des obstacles à surmonter et des espaces traversés est nécessaire sous peine de bivouaquer (il est plus facile de suivre de nuit un large chemin forestier, qu’un petit sentier mal tracé enfouis sous les feuilles mortes…).

Le Grand som, le couvent et la Correrie depuis Valombré.

Donc, je pose ma voiture au pont de Valombré, dans les gorges du Guiers Mort vers 17 h15.
La route, propriété de l’O.N.F., est interdite à la circulation sur les 3 km à parcourir pour arriver au habert de Malamille. Il y a là une autre voiture, et je préfère rester pour le moment habillé. Bien m’en a pris, car peu de temps après descend un camion chargé de bois avec des ouvriers que je connais. Au bout d’un kilomètre de marche, la prairie de Valombré dégage une vue remarquable sur le Grand Som et le couvent ; puis la route s’enfonce à nouveau dans la forêt avant de rentrer dans la combe herbue de Malamille.

Le habert de Malamille.

Le habert est constitué de trois bâtiments typiques de l’architecture cartusienne, dont une grande grange et une habitation. Ce lieu fut pendant la dernière guerre le site d’un camp de Jeunesse et Montagne dont les occupants ont laissé une fresque représentant un chamois sur un des murs de la maison.
En ce lieu, je quitte la route goudronnée pour une piste forestière qui monte à gauche. Je me déshabille alors, supposant que les propriétaires de la voiture sont certainement en balade au belvédère des sangles, au terminus de la route.

A la brèche de la Cochette.

La piste remonte quelques temps la Combe de l’If, puis se transformant en sentier finit en quelques lacets au col de la Cochette qui permet de franchir une crête rocheuse et de basculer sur le versant de Tenaison. Une photo, un biscuit, et c’est repartit, accompagné de mon nuage de mouches énervantes. Le sentier chemine ensuite à peu près horizontalement dans l’ombre tamisée en forêt, encombré de végétation, attention aux orties…

A proximité de la fontaine de l’Oursière.

Bien que marchant rapidement je n’ai guère l’impression d’avancer et commence à m’interroger sur le respect de l’horaire que je me suis fixé. Finalement j’arrive à la fontaine de l’Oursière avec 5 mn d’avance sur mon tableau de marche. j’en profite pour une petite pause et quelques photos.

A ce point, l’itinéraire sort définitivement de la forêt et s’engage dans le « Pré Bâtard », jolie combe herbue faisant face aux impressionnantes falaises de calcaire blanc qui soutiennent la prairie des chalets du Charmant Som.

Pré Bâtard.

le couvent s’enfonce dans la nuit.

La cluse de la Porte de l’Enclos.

La combe du Pré Bâtard se termine abruptement sur un a-pic qui redonne sur la Combe de l’If.

Dernier ressaut.

Le sentier se perd quelque peu et revient en arrière presque à 180° pour suivre la crête de Chamechine peuplée de pins à crochets tordus par les intempéries. Le cirque rocheux se referme avec à gauche l’a-pic vertigineux de la face Nord du Charmant Som et à droite un ressaut rocheux qu’il surmonte avec quelques pas nécessitant les mains.

En vue du sommet.

Je progresse avec attention, l’oreille aux aguets afin de ne pas déboucher impromptu au milieu d’un groupe qui se serait attardé au sommet (Vers le sud, celui-ci est à une 1/2 h de marche de la route goudronnée venant du Col de Porte.). Je passe la tête au dessus d’une dernière barre de roches moutonnées et aperçoit la croix dont les abords sont déserts.

Chamechaude.

En quelques mètres j’y suis, face à Chamechaude, le point culminant du massif de la Chartreuse que dorent les derniers rayon du soleil couchant.
A une centaine de mètres au Nord, dans la prairie, je découvre un animal que je penses d’abord être un chien accompagnant son maitre. Puis le comportement de l’homme qui visiblement prend des photos, me semble bizarre. Je concentre mon attention sur la cène et en guise de chien identifie un chamois peu craintif dont le photographe cherche à tirer le portrait.

A la croix.

Dans les dalles du Charmant som (versant Est).

Au Collet, la croisée des chemins.

Encore un beau chamois noir à quelques mètres. Derniers rayons de soleil sur les plus haut sommets, et arrivé à la brèche du Collet, le soleil est définitivement couché. Je suis enfin délivré du harcèlement des mouches. Je bascule par la brèche dans le versant Nord et la forêt que la nuit envahis rapidement. Le sentier, étroit descend en de nombreux zigzags, se perd de temps en temps dans de hautes herbes, puis fini, la nuit étant devenue bien sombre sur une piste forestière interminable, encombrée de flaques d’eau et de pétasites aux feuilles géantes. Peut-être parce que les orties sont endormies à cet heures, j’échappe presque miraculeusement aux brûlures pourtant probables car je ne distingue plus rien. Enfin le goudron, puis le long retour sur cette surface dure, peu agréable à mes pieds quelque peu endoloris. A 22h15, toujours nu, je suis à la voiture. Il commence à faire frais. Dans10 mn je serais sous la douche pour me débarrasser de la sueur qui poisse ma peau.

Extrait de carte IGN

Le Petit Arc

Alpes : chaîne du Grand Arc.

24 avril 2011

Seul

En profitant de cet exceptionnel printemps.

Le petit Arc est le dernier sommet dominant directement la vallée de la Maurienne à l’Ouest du Grand Arc.
L’originalité de cet itinéraire est d’y accéder par l’arête Ouest qui s’élève depuis Aiton dans la Combe de Savoie.
Une route goudronnée permet de gagner le fort de Montperché (1000 m). Puis une longue route non revêtue se déroule dans le versant Sud jusqu’à la forêt de Montvillaret.
Je suis le seul automobiliste au terminus de la route forestière. J’adopte donc la nudité dès le départ.
Une piste pentue s’élève dans la forêt ensoleillée.

Malgré ma tenue de peau je suis rapidement en sueur. Les lacets se succèdent et j’approche de la limite supérieure de la forêt lorsque j’entends des voix toutes proches et des raclements de chaussures. Un petit moment de panique : je n’ai guère le temps d’enfiler un short, alors je me ressaisis et tournant le virage du chemin j’affronte avec un joyeux bonjour trois indigènes qui redescendent d’une visite à l’alpage. On en parlera dans le chaumières…

Clairière.

La piste devient sentier et débouche sur un épaulement où se trouvent les chalets de la Platière. Un arrêt à la jolie fontaine me permet de me réhydrater.

Chalet de la Platière.
A la fontaine.

De plus en plus, les cumulus qui s’accrochent aux sommets jouent à cache-cache avec le soleil. Et progressivement, alors que je tente de suivre tant bien que mal un sentier évanescent, le ciel s’obscurcit et l’air se rafraichis. A la pose casse-croute, une polaire sur les épaules s’impose. Aussitôt reparti, aussitôt enlevée.

Casse-croute.
Plaine de la basse Maurienne à travers une trouée de nuages.
Un sentier évanescent.

La trace finit par déboucher sur la crête au pied du ressaut sommital d’où l’on découvre d’un coup le versant Nord du Grand Arc et l’alpage du Marret sur la commune de Bonvillard.

L’alpage du Marret est encore sous la neige. Au fond, l’agglomération d’Albertville.

Encore 200 m de dénivelé et je serais au sommet. Cependant, étant plus exposé au vent et le ciel bien plombé, je dois à regret ré-enfiler la veste polaire.

Le sommet se rapproche.

La croix du sommet se rapproche et après avoir traversé un maigre névé, j’y suis avec le retour d’un vague rayon de soleil. Je retrouve la nudité pour quelques photos et redescend par où je suis monté toujours nu.

Au sommet du Petit Arc (2265 m), en face le Grand Arc (2484 m)
Vers la vallée de Montsapey.
Le grand Arc et la crête qui file vers le Nord.

Les nuages reviennent et l’ambiance tourne assez sinistre. Un peu en dessous de l’épaule je commence à recevoir quelques gouttes d’eau puis des grains de grésil. Paradoxalement, en dessous de moi, la plaine de l’Isère resplendit au soleil…

Le mauvais temps arrive.

Au fur et à mesure que je descend, le grésil insiste et un peu avant d’arriver aux chalet d’alpage, je subis un véritable giboulée de grêle. Au chalet, tout s’arrête, Aussitôt reparti la grêle remet ça, les grêlons sont de plus en plus gros et leur impact sur la peau nue commence à être douloureux. Je cours me réfugier aussi vite que possible dans la forêt. Le grésillement sur les branches faiblis, un rayon de soleil pointe entre deux nuages. C’est fini. Retour nu jusqu’à la voiture.
A l’occasion de cet épisode, je suis encore surpris, par la capacité de notre corps à s’adapter aux conditions météo. J’ai marché pendant plus de 5 h, la plus part du temps, dans une ambiance assez fraiche. En fin de parcours, la pluie, le grésil et la grêle ne m’ont absolument pas refroidit. Le premier rayon de soleil retrouvé m’a séché. Je penses que si je m’étais rhabillé sous l’averse, mes habits auraient été trempés et j’aurais alors, en plus de l’inconfort des linges qui collent à la peau, eu vraiment froid.