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Les arêtes du Grand Arc

Mardi 4 juillet 2017

Le chainon du Grand Arc domine la combe de Savoie d’Aiton à Albertville. Si ce sommet est très parcouru, les pointes plus au Nord sont peu fréquentées.

J’avais déjà exploré ce secteur au cours de quelques balades et fort de cette expérience, une belle traversée me trottait dans la tête.

Donc, nous voilà, après quelques retards dus à un tracteur forestier en plein travail en travers de la route, Dominique, Jacques Marie, Laurent, Patricia, Philippe et moi au terminus de la piste carrossable qui monte aux chalets de la Thuile (1780 m). Mes compagnons sont surpris par la vue exceptionnelle en ce lieu sur la combe de Savoie, les Bauges, les Aravis, etc..

Nous traversons la ferme d’alpage en admirant des cochons bien roses , bien propres ; puis nous engageons dans une prairie où le tracé devient incertain. Un moment d’hésitation en limite des arbres avant de trouver le sentier qui descend dans la combe des Michelettes à travers la forêt.

Les herbes ont encore conservé la rosée du matin et les pieds sont vite mouillés. Nous retrouvons le soleil à la première cabane (des Michellettes) et la nudité devient générale. A partir de ce point, nous commencerons à remonter en direction de l’arête Ouest du Petit Arc. Une jolie combe abrite le chalet du Marret, tout aussi neuf que le précédent, puis deux petits lacs au centre d’une tourbière.

Nous débouchons finalement sur l’arête et d’un coup se révèle la vue sur la Maurienne et sur les sommets de Belledonne, de l’Etendard, jusqu’au massif des Ecrins avec la Meije, le Rateau et les glaciers du Mont de Lans.

L’arête Ouest du Petit Arc est raide et la montée est soutenue sans pour autant présenter de difficultés. Au sommet, un groupe de trois textiles, un peu à l’écart, nous tourne le dos.

Compte tenu du fait qu’ils ne nous regardent pas, nous ne jugeons pas utile de nous rhabiller. Après quelques photos, nous reprenons notre cheminement vers le Nord Est, vers le Grand Arc. L’arête devient plus aérienne et présente quelques ressauts rocheux nécessitant l’utilisation des mains. Au détour d’un bloc, nous croisons deux personnes qui descendent et nous signalent avec le sourire que notre tenue n’est peut-être pas très appropriée pour le sommet en raison de la présence de nombreuses guêpes.

En guise de guêpes, ce seront plutôt des abeilles, un essaim qui cherche dans les tables d’orientation un éventuel abri.

Qu’importe ; nous passons rapidement pour nous installer dans une petite dépression au début de l’arête Nord. Comme je l’avais déjà constaté, le panorama du sommet du Grand Arc est remarquable en raison de son excentricité par rapport aux autres massifs. L’air est clair et nous pouvons énumérer tous les grands sommets qui nous entourent : des neiges du Mont blancs à celles de la Vanoise et des Ecrins.

La pose “casse-croute“ fut longue, trop longue, car nous ne nous doutions pas des difficultés de la suite. La descente de l’arête Nord fut délicate (pour des randonneur lambda) nécessitant même l’usage de la corde pour sécuriser une petite désescalade exposée.

Le parcours de la longue arête jusqu’au sommet de la Thuile, sans être de l’alpinisme, n’a pas cessé de nous opposer des passages délicats nécessitant de l’attention et consommateur en temps. De plus, un d’entre nous avait un genoux sensible et se traina douloureusement sur la fin. Enfin une traversée de moutons dans une pente d’herbe forte, nous permettra d ‘éviter la remontée à la pointe de la Thuile.

Philippe, Jacques-Marie et Laurent cavalent devant pour aller se rafraichir aux lacs de Fontaine Claire, pendant que le dernier qui n’en peu plus, descend prudemment le sentier. Constatant son calvaire, Philippe remontra pour lui prendre son sac.

Les baignades remettront un peu tout le monde en forme et la descente finale jusqu’aux chalets ne posa pas de problèmes. Nous nous rhabillâmes à quelques dizaines de mètres des bâtiments.


Naturistes, n’ayez pas peur…

En dehors des lieux qui leurs sont dédiés, beaucoup de naturistes se cachent : peur de déranger, peur d’altercations avec des “textiles“, peur du gendarme.

Or “s’ils se cachent, c’est qu’ils n’ont pas la conscience tranquille“, ces naturistes trop discrets, empressés de se revêtir ou de disparaître derrières des buissons, ils sont alors assimilés au “peuple des dunes“ ou du “petit bois“.

Amis, si vous pratiquez le naturisme sauvage, ayez le courage de vos convictions. Ne vous cachez pas! Je ne veux pas dire par là qu’il vous faut provoquer les esprits sensibles en allant s’installer nus à coté d’eux sur une plage fréquentée, au bord d’un lac ou sur une plage, aux heures de pointe. Mais si vous êtes les premiers sur place, à une heure de faible fréquentation et hors du passage, pourquoi fuir ou se rhabiller ?

Si votre nudité est perceptible de loin, ceux qui viendront vers vous le feront en connaissance de cause et n’auront alors par de raison de s’offusquer.

En pratiquant en groupe, encore plus si celui-ci comporte des femmes et des enfants, vous ne pourrez être accusés d’exhibition sexuelle.

Si nous nous montrons un peu partout, sur des plages, au bord de rivières ou de lacs, en randonue, tout en restant respectueux et discrets, notre présence sera petit à petit banalisée et acceptée par la majorité des gens.

Accepter gentiment de se revêtir si quelqu’un se dit gêné, mais pas dans la précipitation comme si l’on se sentait en faute.

Et les gendarmes ?

Il faut être soi-même persuadé que la simple nudité n’est pas exhibition sexuelle et ne céder sur ce point en aucun cas (donc refuser de signer un PV parlant d’exhibition sexuelle).

Connaître par cœur l’article 222-32 est indispensable pour pouvoir argumenter.

3 points sont concomitamment nécessaires pour relever de cet article :

  • l’exhibition sexuelle (qui n’est pas simple nudité, exhiber signifie montrer avec ostentation, c’est une action, pas un état).
  • Avoir imposé cette vision a autrui (dons si l’on se rhabille spontanément si quelqu’un s’approche de trop près, il ne peut y avoir imposition)
  • Dans un lieu ouvert au regard du public (si vous êtes masqué par une haie, des rochers, je ne sais quoi, l’article ne peut s’appliquer).

Le délit d’attentat à la pudeur n’existe plus.

Voir le communiqué de la FFN sur la nudité en public. en avoir une copie sur soi peut servir.

A noter également qu’il existe plusieurs associations de randonnée naturiste et que leurs statuts ont été jugés conformes à la loi.

On m’a rapporté que bien souvent les gendarmes ou autres policiers ne se réfèrent pas explicitement à l’article 222-32 (qui relève du pénal), mais imposent une simple amende. Trop content de s’en tirer pour quelques dizaines d’euros, le supposé contrevenant paye et estime s’en sortir à bon compte.

Cette pratique ne peut en réalité s’appliquer que s’il existe un arrêté municipal interdisant la nudité sur le site concerné. Dans le cas contraire, elle est illégale. D’un autre coté l’application d’une telle amende est reconnaître par le représentant de l’autorité qu’il n’y a pas exhibition sexuelle, sinon, ce serait l’ article 222-32 qui s’appliquerait (donc qualification en pénal).

Finalement, le nombre de naturistes “sauvages“ inculpés ces 10 dernières années est très faible et la plupart du temps le Parquet n’a pas poursuivi ou l’affaire s’est conclue par un non-lieu.

En cas de problèmes avec les autorités, on s’en sortira bien mieux si l’on peut présenter une carte de la FF de Naturisme. Adhérer à l’APNEL permet de bénéficier une défense au niveau des arguments voire même juridique. Bien sur, nous ne défendrons jamais un cas de véritable exhibition sexuelle !

En douze années de randonue en montagne et en plaine, seul ou en groupe, à raison d’une cinquantaine de rando par an, je n’ai jamais eu affaire aux gendarmes. J’ai rencontré, surtout au début, quelques grincheux, mais la plupart des personnes croisées étaient peut-être un peu surprises, amusées, mais non agressives.

Petite expérience au bord d’un lac :

Un panneau communal d’information sur la pèche, la baignade, etc… mais pas d’interdiction du naturisme.

Quelques nus se cachent au bord de l’eau entre les arbustes et les roseaux.

Moi, je m’installe bien en vue, loin des textiles pour ne gêner personne. Cela a aussi l’avantage de permettre de voir venir et enfiler un short si nécessaire. Je suis nu, ça se voit. Si ma nudité dérange, personne ne vous oblige à venir me voir de près !

Panique, les gendarmes sont passés ! Oui je les ai vus. Ils ont fait demi-tour sur le parking et ne sont même pas descendus de voiture … S’ils étaient venus vers moi j’aurais eu largement le temps de me couvrir.

Des rumeurs courent, plus ou moins sérieuses : certains auraient eu des amendes. Deux auraient été convoqués à la gendarmerie et auraient écopé d’un rappel à la loi (mais leur comportement aurait été ambigu. Si c’est bien le cas j’applaudis).

Les nus se terrent, n’osent plus enlever le slip de bain, ou carrément ne reviennent plus. Petit à petit, la rumeur et les passages de la police aidant, le lac devient le terrain de jeu des seuls textiles.

Ceux que les gendarmes traquent sont ces personnes douteuses qui viennent draguer ou se rincer l’œil, passant et repassant derrière nous.

Rencontre au sommet sans drame : randonneurs naturistes et textile. (photo J.M. FRANCILLON)

Alors, si nous ne voulons pas perdre les quelques lieux ou nous pouvons être tolérés, soyons respectueux des autres usagers et surtout ne nous cachons pas comme si nous étions coupables.

Quand aux personnages douteux, demandons leur d’aller voir ailleurs en les menaçant de les dénoncer. (pour cela, l’appareil photo est efficace.)

Résistance au froid en randonnée naturiste.

Nous sommes un petit nombre à pratiquer la randonue en conditions hivernales.
Pour qui n’est pas habitué, cela doit apparaître comme de la pure folie.
Or finalement, on s’aperçoit si l’on tente l’expérience que notre corps nu peut s’adapter d’une façon extraordinaire aux températures extrêmes.
Ainsi l’adepte du sauna se prélassera dans un air à 90° et celui de la randonue pourra évoluer par des températures inférieures à 0° dans sa tenue préférée. Il peu d’ailleurs s’agir de la même personne.
Il n’y a là aucun masochisme, que du plaisir.

Sur le glacier Noir (massif des Ecrins)

Je suis le premier étonné de ma possibilité d’ évoluer en randonue par des températures fraîches, voire négatives.
J’ai essayé de m’expliquer cela.
Certes, plus jeune, pratiquant l’alpinisme, le ski de rando et la spéléologie, j’ai vécu des situations de froid, même de très grand froid. Je me suis toujours entraîné à garder les mains nues le plus longtemps possible (on n’escalade pas bien avec de gros gants aux mains).
Mais je suis incapable (j’ai essayé) de rester nu plus de quelques dizaines de minutes dans ma maison avec 18° ; pas plus que je pourrais me mettre nu tout de go au départ d’une balade hivernale en sortant de ma voiture !
Rester nu par des températures proches de 0 dans la montagne nécessite une activité physique intense et un peu de soleil.
Je ne me déshabille qu’une fois atteint ce que j’appelle « le point de sudation » c’est à dire lorsque habillé, et marchant depuis une petit moment je ressent comme une bouffée de chaleur qui m’envahis.
Autre constatation : comme ma femme est farouchement opposée à la nudité en rando, lors de nos balades communes en été, j’ai souvent opté pour ne garder qu’un short, et bien j’ai vite froid ! et pas dans des conditions extrêmes, sinon elle n’aurait pas compris que je me mette torse nu.
J’en conclu que la nudité de l’entre jambe est essentielle dans le processus physiologique qui permet de s’adapter au froid.
J’émets l’hypothèse que pour « Dame Nature », nos organes sexuels sont tout aussi précieux que notre cerveau, puisse qu’ils sont indispensables à la conservation de l’espèce. Je serais bien étonné que cette partie du corps ne possède pas pour leur protection des capteurs thermiques primordiaux. Notre corps régulerait ses échanges thermiques en fonction des données acquise à ce niveau. La protection du sexe (et pas du reste du corps) faussant l’information engendrerait un déséquilibre, d’où une moins bonne adaptation à la situation.
Autre chose, on me dit que je marche vite. Je marche d’autant plus vite que je suis dans une ambiance fraîche. Pour me réchauffer bien sur, mais aussi parce que dans ces conditions la machine musculaire présente son meilleur rendement. Ce phénomène est bien connu des athlètes qui évoluent toujours en tenue légère. Aux jeux Olympiques de la Grèce antique, on courrait nu.

Giboulée de neige.

Certaines conditions climatiques sont indispensables :
Moins l’air contient d’eau (on le dit sec), moins il est conducteur de la chaleur, moins il y a d’échanges thermiques avec la peau. C’est la condition sine-qua non pour résister aux températures extrêmes qu’elles soient positives ou négatives.
Le soleil : la peau nue semble être un extraordinaire capteur solaire, car par -5° et sans vent un simple rayon de soleil suffit à procurer une sensation agréable de chaleur. Le moindre écran (un T shirt par exemple neutralise cet effet).

Ma mère m’a toujours dit « couvres toi, tu vas attraper la crève » . En fait je n’ai jamais attrapé de maladie lors d’exposition au froid en milieu naturel que ce soit en randonue en spéléologie ou en montagne.

Finalement, je voudrais aussi dire que marcher nu par temps froid nécessite probablement des prédispositions et comporte des risques. En plus des gelures possibles aux extrémités (doigts, sexe pour les hommes, seins, etc..), le corps se refroidit en profondeur et si l’on va trop loin le seul fait de se rhabiller ne permet pas toujours de se réchauffer. Un malaise par hypothermie est toujours possible.
Alors ne m’imitez pas sans précautions, n’allez pas trop loin dans vos expériences et prévoyez toujours d’emporter avec vous de quoi vous rhabiller chaudement.

Sur la neige, au soleil, que du plaisir !

Des sensations :
si je me réfère à une sortie que je considère comme un peu extrême :
température : légèrement inférieure à 0.
– ensoleillement discontinu.
temps d’exposition nu : 1 h.
dénivelé parcouru nu : 500 m à la montée, 150 m de descente.
Je n’avais pas très chaud, en pull à l’ombre sur la route, je me suis réchauffé en marchant.
Ce n’est qu’au bout de ¾ d’heure, en attaquant les pentes raides que j’ai ressentit la première bouffée de chaleur. Sans attendre la sudation, je me suis alors déshabillé.
Sensation de fraîcheur immédiate, tout à fait supportable d’autant que j’avais choisi pour cela un endroit ensoleillé ; mais aussi cette extraordinaire (et à chaque fois renouvelée) sensation de libération du corps des vêtements qui l’enserrent.
Un peu de froid, mais sans plus, lorsque je passe à l’ombre des épicéas, petite piqûres excitantes des bribes de neige qui tombent de temps en temps des arbres. Il est vrai que mon sac à dos me protège en partie.
Au début, j’avais l’onglée, mais la marche avec des bâtons sollicite les muscles des bras et rapidement mes mains se réchauffent. Par contre j’ai aussi l’onglée au bout du sexe et je suis obligé de le réchauffer dans ma main tout en marchant (je crains une gelure).
Certaines parties du corps se refroidissent sensiblement, la poitrine, les fesses, je passe ma main dessus est ressent une impression de froid. Cela est certainement du au retrait du sang vers les organes « nobles ». Ce sont aussi des zones qui comportent des graisses jouant le rôle d’isolant.
Je pense que le danger, s’il y en a un, viendrait de là car longtemps après m’être rhabillé ces zones contribuent à refroidir le reste du corps.
Un chute dans la neige provoque une brève sensation de brûlure froide, sans plus, mais à chaque fois l’équilibre thermique se dégrade, à moins de bénéficier ensuite d’une bonne exposition au soleil.
Dans ma descente sur le col, à l’ombre et au vent, j’ai eu vraiment froid : une sorte de contraction de l’ensemble du corps, à nouveau l’onglée, mais pas de frissons.
L’apparition de ces derniers sont pour moi le signe impératif qu’il faut se couvrir.
A l’arrêt pour me rhabiller, des crampes dans les jambes sont apparues. Ensuite, l’onglée à persisté longtemps, ainsi que la sensation de froid sur la poitrine, puis tout a fini par revenir dans l’ordre.

Cascade dans le vallon de Malissard (Chartreuse)

Voici, très vite, ce que l’on m’a appris (stages de montagne) sur le comportement du corps humain exposé au froid.
L’organisme tente d’abord de lutter contre le froid par la constriction des vaisseaux sanguins superficiels (de la peau) et par une activité musculaire superficielle (frissons).
Puis, si l’exposition perdure, la circulation sanguine va abandonner les espaces externes (pieds, mains, etc…) pour se concentrer sur les organes nobles (dont le cerveau). C’est là ou arrive le risque de gel.
D’autre part, il existe une série de symptômes de plus en plus graves qui apparaissent au fur et à mesure que la température centrale diminue, pouvant conduite à l’arrêt cardiaque.

Cette petite description s’applique bien à un individu à l’arrêt (alpiniste au bivouac, blessé, ou coincé dans une crevasse).

Pour un randonneur nu, actif, il me semble que le processus soit un peu différent. Comme il faut assurer l’activité musculaire, le retrait du sang des membres n’a pas lieu. Mais le refroidissement n’est pas non plus homogène. Les parties superficielles se mettent plus ou moins en équilibre avec le milieu extérieur, sans que cela ne gagne les organes internes.
Cela marche un certain temps, et tant que le « thermostat » de l’homme nu n’est pas masqué par des vêtements.
Lorsque je me rhabille, les capteurs thermiques sont d’un coup à l’abri du froid, et le sang périphérique est alors autorisé à rejoindre le sang interne, la température corporelle interne baisse d’un coup et apparaissent les symptômes afférents.
C’est pour cela, qu’il ne faut réchauffer quelqu’un en hypothermie grave que très lentement.

Je ne veux pas dire par là qu’il ne faut pas se rhabiller, mais au contraire qu’il faut anticiper et le faire à temps. Car c’est à ce moment là où apparait le plus grand risque de malaise.

Baignade dans le lac de la Mariande (2604 m, massif des Ecrins)

La révolution naturiste

En 1994 , le législateur, en remplaçant l’ancienne notion “d’attentat à la pudeur“ (article 330 du code pénal) par l’article 222-32 réprimant l’exhibition sexuelle, ouvrait de nouveaux horizons au naturisme. La simple nudité n’étant pas de l’exhibition sexuelle n’était donc plus répréhensible.
Cependant, les mentalités n’étaient pas prêtes à l’accepter que ce soit du simple citoyen, au policier ou au magistrat et on continua à conspuer, poursuivre et souvent condamner celui qui osait se mettre nu en public en dehors des espaces dédiés au naturisme.
Et même si ce dernier se développait largement en France, le fait de rester enfermé dans les limites de “camps“ et de plages réservées contribuait pour la majorité de nos concitoyens à lui donner une réputation quelque peu sulfureuse et libertine.
Il y a environ une quinzaine d’années, quelques uns d’entre nous, ne supportant pas d’être parqués dans des espaces dit “dédiés“ ont commencé, très discrètement, chacun dans son coin, à randonner nus, à se baigner nus, à se faire bronzer nus dans des lieux retirés, très peu fréquentés avec la peur au ventre d’être vus, reconnus, dénoncés. Ce qui d’ailleurs n’était pas sans apporter un certain parfum d’aventure.
Quand, il y a quinze ans de cela, tapant sur internet les mots “randonnée“ et “nu“ j’eus la surprise de découvrir le yahoo-group “randonue“, je me sentis d’un coup soulagé d’un grand poids : je n’étais pas le seul à pratiquer, je n’étais pas un détraqué mental ou sexuel.
A cette époque les échanges portaient souvent sur les moyens d’être le plus discret possible, la rencontre d’un “textile“ étant à éviter absolument.
J’ai été de ceux qui théorisaient les règles d’un excitant jeu de piste dont le seul but était de passer totalement inaperçu.

En 2010 : des itinéraires discrets dans des lieux oubliés.

Alors, quand, pour la première randonue collective que j’ai organisé, c’était en 2006, j’ai vu débarquer  Christian LEGER, nu de sa voiture sur un parking public, j’ai été horrifié. Au cours de la rando, nous avons rencontré quelques personnes que Christian croisait sans se rhabiller, les gratifiant d’un joyeux bonjour. Je me jurais de plus jamais le ré-inviter à une de mes randonues et continuais à jouer à cache-cache.
Notre regretté Christian était alors très en avance par rapport à nos perceptions de l’époque.
Progressivement, grâce à internet, un très petit groupe se constitua dans la région Rhône Alpes et toutes mes randonues ne furent plus forcément solitaires.
A partir de 2013, je participais à des regroupements de randonneurs nus en France, puis en Espagne. Randonner nus en groupe d’une vingtaine de personnes, ou plus, nous donna de l’assurance ; d’autant plus qu’en Espagne, la nudité n’est pas poursuivie.
Ce fut l’occasion de s’apercevoir que les “textiles“ croisés ne sont pas, la plus part du temps, hostiles, mais seulement surpris et amusés.

2014 : Gorges de la Nesque. les groupes de randonneurs naturistes n’hésitent plus à emprunter des itinéraires fréquentés.

Un peu plus tôt s’était fondée l’APNEL (Association pour la Promotion du Naturisme en Liberté).
Ses nombreuses interventions médiatiques nous firent sortir de l’ombre. Et quelque fois, lors de rencontres nous fume gratifiés d’un « Ah oui, j’ai déjà vu cela à la télévision ».
Aujourd’hui, après près de 20 ans de pratique, je ne crains plus les rencontres. Les mentalités ont largement évolué, nous ne sommes pour la plus part des gens que de sympathiques originaux. Bien sur, on rencontre encore de temps en temps des grincheux, mais cela ne va pas plus loin qu’une réflexion désagréable.
La tenue d’un stand naturiste, avec des militants nus de l’APNEL, sous l’égide de la FFN, à la Fête de l’Humanité de 2016, devant quelques centaines de milliers de spectateurs, fut un grand événement médiatique dont les conséquences positives pour le naturisme sont considérables.

2015 : Bretagne, GR34 : 120 personnes croisées dans cette tenue la même journée, la plus part du temps dans la bonne humeur. Sans gendarmes à l’arrivée !

Aujourd’hui, je penses que l’on peut considérer que pour la plus-part des gents, nudité n’égale plus exhibition.

Et puisque la nudité n’est pas exhibition, et par là même ne tombe pas sous le coup de l’article 222-32, elle est légale partout où elle n’est pas expressément interdite.
Bien sur, il nous importe de respecter les convictions des autres, de ne pas nous imposer à ceux que cela gêne. Nous ne serons acceptés qu’à cette condition.

Ce renversement de perspective risque de considérablement impacter le milieu naturiste français.
Une des conséquences en sera le développement d’un naturisme spontané, hors club et hors structures, comme il en est d’autres activités : randonnée, alpinisme, ski, natation, vélo, etc…
Ce naturisme  sera également mixte au sens où pourront se côtoyer sur le même site ou la même activité “textiles“ et naturistes. Les randonnées mixtes OVS organisées par nos amis de l’APNEL de la région parisienne montrent que le concept est bien accepté.
Les grands centres “ghettos“ perdront peut-être une part de leur attractivité, puisque qu’ils ne seront plus incontournables, mais ils ont l’avantage d’assurer une sécurité et une certaine convivialité. Il seront concurrencés par de plus petites et plus nombreuses structures “naturist friendly“ pouvant être selon la demande naturistes ou textile ou les deux en même temps (campings, gîtes, etc..). Ce qui leur assurera une plus grande stabilité économique. C’est déjà le fonctionnement esquissé lors d’organisation de semaines de randonue.
Du coup, la mentalité des naturistes devra évoluer et accepter la cohabitation avec des textiles et ne plus se sentir gêné par leur regard.
Alors que les clubs attachés  leur terrain péricliteront avec une population vieillissante, de nouvelles associations se développent déjà, sans la charge de la gestion d’un terrain, et proposant un panel d’activités naturistes varié, utilisant notamment les structures existantes, pas forcément dédiées au naturisme.
Pour autant les combats militants ne seront pas terminés. Nos opposants ne pouvant pas s’appuyer sur l’article 222-32 multiplieront au nom de l’ordre public les arrêtés communaux d’interdiction du naturisme que nous devrons combattre un à un, ce qui demandera une vigilance de tous les instants car le délai de contestation est limité à 2 mois.
Ce bouleversement va induire de sérieux débats au cœur de notre fédération pour des raisons idéologiques et économiques. Il faudra persuader, convaincre. Il y aura des hauts et des bas, des retour en arrière. L’APNEL et les  associations progressistes auront encore “du pain sur la planche“.

Bruno (de Chartreuse)

Gorges de l’Ardèche.

22 septembre 2016.

Seul.

Massif Central.

Pas accueillant, au pont de Chames, difficile de trouver un bout de parking pour laisser la voiture !
Après deux allers et retours je finis par trouver où placer ma voiture.
Beaucoup d’eau dans l’Ardèche, mais comme c’est la première fois que je viens ici, je ne puis savoir si c’est normal ou exceptionnel.
Le sentier en rive gauche chemine d’abord en forêt, sans beaucoup de vues sur la rivière.
L’ambiance froide, en versant Nord (Il faisait 9° à la voiture quand je suis parti) font que je reste habillé jusqu’à la “Montagne de Sable“. De l’autre coté, l’ambiance est nettement plus agréable et je me dévêtis sur une petite plage, alors que passent les premiers canoës.

Grotte des 5 fenetres.

J’arrive assez vite au gué de Chamassonnet ou le sentier change de rive.
Le courant rapide lève de petites vaguelettes. Heureusement le passage est large et l’on devine le fond de galets sous, pour le début, environ 40à 50 cm d’eau.
J’avais emporté pour traverser les gués une paire de chaussons néoprène à semelle crantée et un sac étanche pour protéger les affaires en cas de chute.
Le sac étanche, en doublure intérieure de mon sac à dos, reçoit les vêtements et tous les objets qui pourraient craignent l’eau. Je ferme soigneusement le sac, empiles mes chaussures de marche sur le dessus et me lance dans la traversée. Plus j’avance, plus l’eau est profonde. Bientôt j’en ais jusqu’au nombril. Arcbouté sur mes battons je résiste tant bien que mal à la poussée du courant. L’eau n’est pas froide et je prend mon temps, assurant soigneusement chaque pas. Des canoës passent à grande vitesse de chaque coté de moi, emportés par le courant.
Finalement, j’aborde sur la rive droite au niveau d’un herbier . Le bas de mon sac est mouillé, mais la protection étanche a été efficace. Nu, assis sur un bloc, tout en remettant de l’ordre dans mes affaires, je joue à la Loreleï devant les embarcations qui défilent.

Le gué de Chamassonnet.

Avec un passage aussi limite, la rive droite est déserte et les seules personnes que je rencontrerais seront des canoëistes arrêtés sur des plages.
La progressions est plutôt facile, le plus souvent sur une sorte de banquette rocheuse. Un passage un peu difficile est équipée de rampes en inox et d’une échelle de perroquet.
La plus part du temps, ma nudité est tout à fait visible des canoës, mais ne suscitera aucun cris ou sifflet.

De méandre en cirques plus beau les uns que les autres, passant face à des falaises hardies, je finis au bout d’une dizaines de kilomètres par arriver au gué Guibert qui doit me permettre retrouver la rive gauche. Un panneau indique que le gué s’est déplacé et qu’il faut en chercher un autre un kilomètre plus en aval. Je poursuis donc, mais ne trouve pas le passage. Trop d’eau certainement !

Je reviens au gué Guibert, mais ce dernier me semble effectivement dangereux.

Pas d’autre solution que de remonter sur le plateau au Sud des gorges. Ce qui m’éloigne très sérieusement de mon point de départ.
Un sentier en forêt, bien ombragé, puis une piste m’amènent au bout de 2 Km à proximité d’un petit camping. Mais de là, il me faut encore 4 Km pour rejoindre la route départementale à Labastide de Virac.
Je suis à peine repartis qu’arrive, miracle, une fougonnette qui s’arrête. Madame passe derrière et j’ai droit au siège passager.
A Labastide, je tends le pouce sans grand succès, au bout d’une demi heure, un mini-car me prend enfin et m’amène à Vallon Pont d’Arc.
IL faut ressortir à pied de la ville pour passer le carrefour où démarre la route de la corniche. Là, malgré une circulation intense, plus moyen de se faire prendre. En désespoir de cause je me remet à marcher. Combien de kilomètres jusqu’à ma voiture ? Une dizaine peut-être ?
Après avoir passé les tunnels, enfin un automobiliste me prend et m’amène à mon véhicule.
Du coup, après tant de marche, et levé depuis 4 h ce matin, je suis exténué. Je décide d’aller camper à la Sablière. Ce sera l’occasion de découvrir ce camping naturiste.
Le matin, je me réveille tard, et ne quitte le camping qu’après 9 h. J’ai projeté de retourner dans les gorges à la Maladrerie. Malheureusement le GPS de mon téléphone fait n’importe quoi et en l’absence de de carte papier, je tourne en rond à la recherche du départ du sentier.
L’heure passe et je n’ai bientôt plus le choix que de rentrer en Chartreuse.

Extrait de carte IGN

Le lac de Montfroid

1° septembre 2016.

Seul.

Alpes, massif des Grandes Rousses.

J’avais découvert cette rando très peu connue sur internet.
A priori, un itinéraire idéal pour la randonue.
N’ayant été libéré que tardivement, ce jour là, je suis au bout du lac de Grand Maison vers midi. La passerelle franchie, le sentier de la rive gauche du lac semble peu fréquenté. La vue porte loin. Personne, je suis donc tout de suite nu.
L’itinéraire consiste à longer le lac jusqu’à rejoindre un sentier qui monte vers les alpages.

En longeant le lac.

Au bout d’un kilomètre je décide de me prendre en photo. J’installe mon pied. Prend la photo, remballe le matériel et contourne une petite avancée sur le lac. Juste derrière deux personnes assises.
Je recule de quelques dizaines de mètres et enfile mon short rapide à l’abri du virage. Puis reprend ma progression comme si rien n’était. Bonjour.. On m’offre même le café que je décline.
Peu de temps après, je vois débouler sur le chemin une file ininterrompue de moutons. Afin de ne pas semer la panique dans le troupeau je m’écarte du chemin pour les laisser passer. Mais à cet endroit la pente qui domine le lac est fort raide et quelques 100 m plus loin je ne puis passer ailleurs que sur le chemin. J’attends ; mais le flot ininterrompu ne tarit pas. C’est tout un troupeau qui démontagne. Finalement, au bout d’une demi heure, trois femmes avec des border-colie ferment la marche. Je puis repartir et bientôt retrouver la nudité.

Le sentier commence à s’élever au dessus du lac.

Le chemin monte et descend contournant les obstacles au bord du lac. Arrivé dans un grand ravin, je vois au dernier moment un homme assis absorbé dans sa lecture. Il ne relèvera même pas la tête. A partir de là, le sentier quitte le bord du lac et s’élève résolument dans des prairies très pentues. Des petits piquets blancs permettent de ne pas le perdre dans de hautes herbes.

Revenant vers le nord, on franchis une crête pour arriver en vue de la cabane de la Lauze apparemment fermée, mais derrière laquelle s’abrite une petite tente rouge.
Justement, alors que je commence à m’élever au dessus de la cabane, l’occupant de la tente sort et prend le même chemin que moi. Mais comme j’ai une confortable avance, je n’ai pas à me rhabiller.

Cabane de la Lauze et les Aiguilles grises.

Le lac de Grand-Maison.

Le sentier franchis une seconde crête et j’arrive en vue de la cabane de Montfroid, fermée. Les troupeaux sont descendus.

Cabane de Montfroid.

Une petite remontée au col de Montfroid, d’où la vue sur la chaine de Belledonne, de l’autre coté de la vallée, est magnifique. Casse croute et j’attaque la rampe finale.
Au moment où je débouche sur le plateau, voilà un homme solitaire qui revient du lac. Nous nous croisons sans problème.

Au col de Montfroid.

A partir de là, le paysage change. Aux douces prairies et croupes molles des schistes, succède un field tourmenté qui me rappelle les paysages norvégiens.
Le lac se niche dans un creux. L’après-midi avançant, de gros cumulus encombrent le ciel et projettent une ombre sévère sur les lieux, alors qu’au delà de la crête, les Aiguilles Grises sont baignées de soleil.

Lac de Montfroid.

Lac de Montfroid et Aiguilles Grises.

laquet.

Je ne m’attarde pas plus que nécessaire en ces lieux et commence la descente. C’est à ce moment là que surgit l’occupant de la tente, ou plutôt l’occupante, car c’est une femme. Elle m’a vu nu et j’enfile mon short sans précipitation à son approche. Pas de remarque, juste un bonjour amusé.

Les Aiguilles Grises (encore !).

Dans la descente.

La suite de la descente se poursuit sur l’arête nord du Montfroid. Arête, c’est beaucoup dire, plutôt un gros dos de baleine herbu.
Vers la fin de la descente, je repère sur mon passage un troupeau de mouton et sa bergère. J’ai tout le temps de me couvrir avant de passer à proximité.

Finalement, je rejoins le torrent de l’Eau Dolle que je traverse avec précautions sur une passerelle en bois branlante.
Le retour le long du torrent ouvre de belles vues sur des cascades et des rapides.

Torrent de l’Eau dolle.

Au parking, un papy qui ma vu arriver nu avant que je n’aie eu le temps de renfiler mon short, n’en n’a cure, et nous discutons assez longuement de sa récolte de myrtilles.

Extrait de carte IGN.

Le lac de la Mariande.

8 août 2016.

Avec GdP, Patricia, Philippe et moi-même.

Alpes, massif des Ecrins.

Longue randonnée jusqu’au fond d’un des plus beaux vallons de la vallée du Vénéon.

Ca râle derrière, ça râle depuis ce matin.
On commence par descendre.., il faudra bien le remonter au retour, ce qui va augmenter le dénivelé par rapport à ce que t’avais annoncé…
Avec toi, l’effort est toujours sous évalué, etc…
Parti du hameau du Clot en dessous de Saint Christophe en Oisans, nous avons traversé le Vénéon sur ce spectaculaire petit pont puis remonté un raide sentier jusqu’à sortir de la forêt aux cabanes de la Gassaudière.

Passerelle sur le Vénéon.

Nus, depuis presque le départ (depuis le départ pour Philippe) nous faisons notre première halte pour nous enduire de crème solaire.
R… nous vante les vertus alimentaires des chénopodes qui poussent en abondance avec les rhumex et les orties dans les zones, de stabulation des troupeaux, riches en azote.
Le sentier redescend pour traverser le torrent de la Mariande (Eh tu ne l’avait pas compté dans le dénivelé annoncé !) et remonte en face par de nombreux lacets pour rejoindre celui qui vient du refuge de l’Alpe du Pin.

Torrent de la Mariande.

Un dernier verrou où nous croisons quelques personnes qui descendent, puis nous sommes en vue du grand plan herbu du Premier Clot. Se découvre tout d’un coup le large paysage du fond de la vallée avec les pics et glaciers des Arias et de la Mariande. Mais il faut à nouveau redescendre pour l’atteindre. Encore 40 m de plus au retour dit la petite voix derrière qui au lieu d’admirer le paysage, comptabilise les dénivelés.

Nous remontons le Premier Clot, peu pentu où serpente le torrent, puis nous arrêtons vers 2000 m d’altitude au bord d’une source, au pied des premières moraines et éboulis.

Au delà de ce point, le terrain change radicalement. Presque plus d’herbe, mais des champs de pierres. La moraine de rive gauche s’élève rapidement en arc de cercle et va disparaître derrière le rognon rocheux qui soutient le lac de la Mariande.
Il reste, au moins, 600 m de dénivelé pour atteindre ce dernier par une progression dans des pierriers et moraines raides et instables.
Nous cassons la croute à la source.
GdP et Patricia décident de rester auprès de la source accueillante à nous attendre pendant que Philippe et moi monterons au lac. Dans une heure ½, nous serons de retour fanfaronne Philippe. Pour ma part, ayant déjà tenté cette montée, je suis plus pessimiste.

Glacier des Arias.

Nous voilà repartis. Le sentier disparaît pour laisser place à de vagues sentes de moutons. Nous remontons la crête de la moraine inférieure (raide très raide, et “casse patte“…) jusque sous une barre rocheuse puis traversons à gauche pour rejoindre la moraine supérieure. Une traversée ascendante me permet d’en gagner la crête. L’autre coté est herbu et la progression y est facile. Philippe, par contre, s’entête dans un cheminement à flanc et se retrouve dans une situation scabreuse dont il ne se sort qu’au prix d’un violent effort.
La crête de la moraine devient à peu près horizontale et nous avançons plus rapidement. Maintenant, il faut la quitter vers la droite à travers des éboulis et des dalles rocheuses. Une petite combe avec un peu de neige nous conduit à un point où l’on domine le lac d’une cinquantaine de mètres.

Ce dernier, niché dans une dépression glaciaire est à peu près circulaire et renferme une eau bleue pâle. Au fond du cirque un névé vient jusqu’à l’eau, à l’opposé, un désert de pierres.
Philippe veut aller se baigner. Pour ma part, j’estime que j’ai fait assez de dénivelé et que le lac est aussi beau vu d’ici.
De mon promontoire, je vois Philippe progresser dans un enchevêtrement de blocs. A ce moment apparait à sa gauche un couple qui descend du col de la Haute Pisse. Tous trois sont au bord de l’eau en même temps. Philippe, qui n’a rien d’autre à enlever que ses chaussures s’engage dans l’eau qui doit être glaciale. La femme s’est promptement déshabillée et en fait de même. Une naturiste ? L’homme reste en retrait.
Tous deux tirent quelques brasses dans l’eau et reviennent prapidement à la berge.

Lac de la Mariande.

Du coup, je décide de descendre faire connaissance.

Au bord du lac.

La naïade s’ébroue et se rhabille et Philippe refait un petit tour dans le lac pour la photo.
Nous discutons un peu sur la randonue, puis prenons le chemin du retour. La descente dans les moraines et éboulis me paraît interminable et il me tarde de prendre enfin pied sur de l’herbe et un vrai sentier.

Nos amis, las de nous attendre, ont déserté la source. Nous les rattraperons plus bas sur le chemin.
Patricia en a tellement marre de cette foutue rando que maintenant, chose extraordinaire, c’est elle qui cavale devant…

Extrait se carte IGN

 

La crête de Comborsier

5 juillet 2016

Avec Christian

Alpes, massif du Beaufortin

En reconnaissance dns une longue rando qu’il aurait mieux valu réaliser dans l’autre sens.

Christian, le normand, était venu passer quelques jours de vacances dans la vallée de la Tarentaise.
Nous avions décidé d’en profiter pour réaliser une randonue ensemble.
Donc ce matin là nous avions rendez-vous devant la jolie église baroque de Cezin.
Nous laissons là une voiture et remontons les petites routes qui s’élèvent dans le versant du Beaufortin au dessus du chef-lieu.
Le contraste est frappant entre le fond de la vallée enserrée entre des versants raides, occupé par les routes, l’autoroute et la voie ferrée et ce versant où la vue se dégage au fur et à mesure que l’on monte, abritant de joli villages et de vertes prairies.
Nous abandonnons le goudron pour une piste carrossable et terminons au lieu dit “le Planay“ (1384 m), en pleine forêt.
Le parking abrite déjà un mini-car et une voiture. Nous ne sommes donc pas les premiers sur cet itinéraire.
Nus dès la voiture, nous suivons une piste d’exploitation forestière que nous abandonnons au bout de quelques centaines de mètres pour un sentier zigzagant montant au lac des Cornaches.
Des éclats de voix nous confirment que nous ne sommes pas les seuls dans la montagne et bientôt nous entreperçevons entre les arbres un groupe d’une dizaine de randonneurs qui nous précèdent.
Comme, ils s’arrêtent fréquemment, nous décidons de les doubler après avoir renfilé les shorts. Un petit sprint qui nous même à bout de souffle et nous voilà tranquilles pour sortir dans l’alpage où nous retrouvons définitivement la nudité.
Nous ne nous attardons pas au bord du lac, de peur d’être rattrapés et choisissons le sentier de la Tournette.

Sur le sentier de la Tournette.

C’est un longue traversée légèrement ascendante à flanc de montagne, qui par des passage quelques fois un peu vertigineux va nous conduire au col des Evettes (2207 m).

Col des Evettes.

Puis nous nous dirigeons franchement au Nord par un petit couloir herbeux pour atteindre le plateau qui soutient la Grande Pointe de Bizard (2507 m). la neige est encore bien présente et la progression se fait majoritairement sur des névés.

Panorama du col des Evettes.

Premières plaques de neige.

Arrivée au sommet de la Grande Pointe de Bizard.

Nous nous accordons un casse-croute au sommet et réfléchissons à poursuivre vers la pointe de Comborsier et à redescendre sur le lac des Cornaches par le col de Touche Vernay.
Le problème était que le topo que j’avais lu sur internet annonçait de forte pentes à descendre hors sentier. Etait-ce raisonnable ? D’autant plus qu’une fois engagé dans cette direction le retour ne pouvait guère se faire autrement que de ce coté là.

Finalement, nous prenons le risque et décidons de poursuivre vers le nord. Une traversée enneigée nous conduit à une petit brèche au pied de la pointe de Comborsier. La large combe sur laquelle nous débouchons est entièrement enneigée. Quelques passages un peu raides demandent des précautions, puis nous rejoignons une arrête débonnaire qui se termine d’un coup au dessus du vallon du Dard.

Sur le plateau.

Nous somme au pied (ou plutôt au sommet !) du mur. La pente à descendre est herbue et proche de 45°. Entre les touffes d’herbe, le sol est terreux et encombré de gravillons. J’hésite sérieusement à m’y engager, mais le détour pour l’éviter serait bien long et peut être aussi périlleux en raison de la neige et de la présence de petites barres rocheuses.
C’est donc en assurant chaque pas que nous entamons la descente, conscients que la moindre glissage pourrait être mortelle. Au bout d’une centaine de mètres de dénivelé, une amorce de trace se dessine alors que la pente faiblit un peu. La présence de quelques buissons qui coupent la perspective nous rassure. Et c’est avec soulagement que nous prenons pied 300 m plus bas sur un petit col où passe un bon sentier.

Fin de la grande pente.

De là, le retour par le col de Touche Vernay est facile, avec cependant une montée d’adrénaline quand à la traversé d’un couloir une volée de pierres provient du versant au dessus.

Lesentier du retour en traversée.

Au lac des Cornaches, encadré par la forêt et une prairie envahie de rhumex et d’orties, je tente la baignade, mais descendu d’un bloc dans un mètre d’eau claire, je m’enfonce jusqu’aux genoux dans une vase immonde qui tapisse le fond du lac. Retour rapide sur mon cailloux pour se laver et se sécher au soleil.
Ce n’est qu’à quelques mètres du parking, en tendant des voix que nous finirons par nous rhabiller.

Extrait de carte IGN.

 

Les lacs de la Tempête

28 juin 2016.

Seul.

Alpes, massif du Beaufortin.

Cela fait plusieurs fois que Catherine, sur OVS, m’invite à cette rando et doit y renoncer à cause de la météo. Et comme je ne serais pas disponible pour la prochaine, je me suis dit que je pourrais bien la faite tout seul… et de plus en randonue !
Venant de Chartreuse, Beaufort, c’est loin. Je choisis donc de partir de Bénétant au dessus de Cevins en Tarentaise. De plus cet itinéraire à plus d’ampleur que celui depuis le lac de Saint Guerin. Il comporte aussi quelques passages un peu acrobatique câblés, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Chalet à Bénétant.

A 9h du matin, je laisse la voiture un peu en dessous du hameau de Bénétant, puis traverse le village.

La cascade du Dard.

Des panneaux indiquent la cascade du Dard, mais le sentier se perd vite dans des prairies aux herbes hautes et mouillées de la rosée de la nuit.
Malgré le soleil, le fond de l’air est encore frais (9° affichait la voiture), ce qui fait que j’hésite à me mettre nu.
Finalement, avec le GPS, je retrouve le sentier là où il rentre dans la forêt.
Le sentier ne tergiverse pas avec la pente, il monte presque tout droit en rive gauche de la cascade.
L’effort intense et un peu de chaleur conservé de la veille sous les frondaisons, font que je suis rapidement en sueur et adopte la nudité. Une brève vue sur le pied de la cascade et les choses sérieuses commencent. On s’élève toujours en forêt entre des barres rocheuses. Les passages les plus scabreux sont câblés. Par endroit des marche-pied ont été scellés dans la roche.

Dans la montée de la cascade du Dard.

Passage délicat.

Après 400 m de dénivelé dans ce style très soutenu, on débouche dans le vallon suspendu du Dard.
Point de lac en vue, seul le torrent un peu maigrichon, car EDF lui pique la plus grosse partie de ses eaux un peu en amont.
A 1700 m d’altitude, la forêt fait place à un alpage abandonné envahis par des pétasites, rhumex et autres mauvaises herbes et où la trace se perd.
Une fois de plus, le GPS me sauve pour trouver le passage dans des buissons de vernes qui couvrent le ressaut suivant.

On débouche, au dessus des cascades, dans un vallon suspendu.

Ce dernier surmonté, je débouche dans une plagne marécageuse où serpente le torrent qui ici a retrouvé toute sa force. Sur la rive opposée s’élève la cabane de Chizeraz. Bien qu’un meilleur sentier semble se dérouler de ce coté là, L’impétuosité des eaux exclus toute traversée.

Massif de Comborsier.

Vue sur le massif des Bauges.

Je surmonte un second ressaut et découvre enfin mon premier lac (le lac Vert) a moité comblé par un delta du torrent.

Le lac Vert.

Encore un ressaut et un chapelet de petits lacs, puis le lac inférieur de la Tempête, bordé de névés et où flotte une ile de glace.
Un traversée dans des pentes de neige au dessus du lac mobilise mon attention. Il est exclus de glisser et de venir finir dans le lac ou flotte une neige bleutés et saturée en eau.

Lac inférieur de la Tempête.

Massif de Comborsier.

Lac inférieur.

Petit lac intermédiaire.

Dernier verrou rocheux et j’arrive au lac supérieur presque entièrement couvert de glace et de neige. Pas question de traverser, tout cela est en déliquescence. Je contourne toujours en rive gauche.
Il y a pas mal de monde venu du coté Beaufort et je dois renfiler le short.
Un petit groupe installé sur un promontoire au dessus du lac m’intrigue. De leurs sacs dépassent des ustensiles étranges (balises orange, panneaux clairs, etc…) Peut être s’agit-il de la mise en place d’une de ces stations GPS qui ces jours-ci vont tenter de mesurer les mouvements de l’écorce terrestre à travers les Alpes.
Je poursuis un peu plus loin pour voir le paysage derrière le col puis revient sur mes pas. Je retrouve la nudité, mais voilà que de derrière des blocs débouche un groupe. Ils m’ont vu nu, je renfile posément mon short, montrant ainsi mon respect. Hors quelques sourires complices, je ne reçoit aucune remarque.

La supérieur.

Pause Casse -croute.

Il est temps que je m’arrête pour casser la croute. Un peu en dehors de la trace, une belle table de pierre me tend les bras. Je me prend en photo avec le pied, puis tombe en arrêt sur une magnifique plaque de cristaux. La pierre est imposante et j’hésite à l’emporter compte tenu de son poids. Finalement, je la glisse difficilement dans mon sac après en avoir rembourré le fond avec mes vêtements, de peur de le déchirer. Je charge difficilement le sac, c’est lourd, très lourd, mais je ne vais quand même pas abandonner sur place une si belle pièce…
Je me met en marche en me disant que je n’arriverais certainement pas jusqu’en bas avec une telle charge. J’irais jusqu’où je pourrais et cacherais le bloc pour revenir le chercher un autre jour.
Tout à ces réflexions, je descend précautionneusement de quelques 250 m en assurant chaque pas. Me passe par la tête de prendre une photo. Photo ? Mon appareil ! Tout à l’emballage de mon cailloux, je l’ai laissé la haut à coté de la table de pierre. Je n’ai pas le choix, il faut remonter le chercher. Bien sur, j’abandonne ma lourde charge un peu à l’écart et remonte, léger, dans mon plus simple appareil. Une angoisse me prend alors. S’il m’arrivait quelque accident, je serais totalement démuni, sans habits (ils sont dans le sac), sans téléphone (il est avec l’appareil photo). Je ne donnerais pas cher de ma peau !
Je retrouve sans difficulté l’appareil photo (et le téléphone) et reprend la descente rassuré.
C’est là que je vois arriver un groupe, avec des jeunes femmes qui monte. Je suis nu et n’ai comme seul attribut que mes chaussures, ma casquette et mon appareil photo en bandoulière. Je dois bien affronter l’adversité et passe en disant gentiment bonjour. Les autres sont sidérés… Ils ont du me prendre pour un fou.
Finalement, je retrouve le sac et son poids. Encore un effort. J’abandonnerais le cailloux à la limite supérieure de la forêt avant la descente délicate le long de la cascade. Il y a là à coté d’une pancarte, un confortable banc de pierre où je fait une pose. Cacher les cristaux ? Il faudra revenir… J’hésite… Finalement je décide de tenter le coup de descendre avec la pierre. Et cela ne se passe pas si mal. Mes épaules et mon dos soufrent. Une glissade me vaut quelques entailles à la fesse. Mais j’arrive au bas de la pente. Je ne repasse pas par la prairie, mais emprunte une piste forestière qui doit me ramener à la route un peu en dessous du hameau. Je poserais le sac à l’embranchement et irais chercher la voiture léger.
La piste passe au dessus d’un champ ou paissent des moutons. Et voilà, il ne manquait plus que çà, surgit le patou de service qui en veut à mes molets. Avec ma lourde charge, je ne suis pas des plus agile pour lui tenir tête. Finalement, il n’est pas trop agressif et près quelques bruyantes tentatives d’intimidation, m’abandonne.
Plus que quelques centaines de mètres à parcourir et je suis à la route.
De retour à la maison, je pèserais mon sac : 18 Kg.
Aujourd’hui, le lendemain, où j’écris ces lignes, il faut que j’empile 8 stères de bois. Ca va être dur…

La pierre sur le gazon de mon jardin.

Extrait de carte IGN.