Quelques balades hivernales autour de chez moi.
Malheureusement, l’hiver fut froid et gris, les jours de soleil avec une température acceptable se firent rares.
Le Colleret
Montée sous un ciel gris et dans une neige profonde.
J’émerge de la forêt, vue sur la cluse du Guiers Vif.
La prairie sommitale disparaît dans le brouillard.
Vallée de Malissard.
La barrière des Lances de Malissard
Chemin creux.
Grand som.
Une cabane fraichement refaite.
Malissard Ombre et lumière.
Autre cabane.
Les Fraisses
Un sentier secret au dessus de la station du Planolet.
Obstacle.
A la recheche du sentier dans la neige profonde.
Mon itinéraire recoupe sur quelques cent mètres la route forestière.
Le cirque de Périoule se situe au Sud de la station du Collet d’Allevard à la source du torrent du Veyton.
Vers 9h, je quitte ma voiture au départ de la piste du “Pas du Boeuf“, à la dernière grande épingle à cheveux de la route qui monte au Collet d’Allevard. Il y a pas mal de temps que j’envisage de faire un tour dans le cirque de Périoule, où se niche le refuge du Merlet. Mais l’accès à ce lieu est un des plus éloignés de tout le massif de Belledonne depuis que la route forestière du Veyton a été fermé à la circulation automobile. A force d’étudier les cartes j’ai fini par trouver une combinaison d’itinéraire pouvant permettre une certaine économie d’efforts. Elle consiste à partir en traversée dans le versant Ouest du collet d’Allevard, puis à rejoindre la route forestière du Veyton vers 1000 m d’altitude par une descente de 250 m de dénivelé. Au retour, je descendrais intégralement la même route jusqu’à la départementale et remonterais au Collet d’Allevard en stop. Bref, revenons à la piste du Pas du Bœuf. Passé la première inflexion qui me met hors de vue de la route départementale, j’envisage de me mettre nu, mais j’observe au sol des traces fraîches de véhicule qui me font penser que des voitures sont devant moi. prudemment, je renonce à me déshabiller et me contente de progresser torse nu. En effet, au bout de quelques kilomètres je passe à proximité d’un 4X4 stationné et perçoit de plus en plus nettement des bruits de tronçonneuse. Plus loin, une seconde voiture, puis un tracteur forestier placé en travers du chemin, adossé au talus à cet endroit taillé dans le rocher, me barre le chemin. le moteur tourne, mais personne n’est à bord. les bûcherons travaillent un peu plus bas dans la pente et ne peuvent pas me voir. Je m’apprêtais à enjamber le câble reposant flasque sur le sol quand le moteur de l’engin change de régime et le filin se tend. Je me jette en arrière et comprend que le tracteur est télécommandé depuis le bas. Le câble remonte par à-coups. Je n’ai plus qu’à attendre que le tronc soit arrivé pour demander que l’on veuille bien me laisser passer.Maintenant, je distingue à travers les arbres une forme humaine qui remonte rapidement. Il s’agit d’un bûcheron debout sur le tronc tel un surfeur. Sa petite démonstration d’équilibre arrivée à son terme, ce dernier déplace le tracteur et me libère le passage. 100 m plus loin, je puis enfin me mettre nu et entame la descente vers le fond de la vallée. Une fois la route du Veyton atteinte, je constate là aussi de nombreuses traces de passage, et renfile mon short, une voiture est si vite arrivée. De plus un hélicoptère fait d’innombrables allées et venue au dessus de ma tête transportant des sacs de ciment en direction d’un chantier plus haut dans la vallée. Quelques kilomètres de route déserte m’amènent au Plan de l’Ours où je passe devant le campement des bergers. Les deux bergères me saluent et surtout retiennent leurs redoutables patous. Les moutons sont descendus la veille et le sentier est recouvert de leur déjection rendant les rochers et les dalles désagéablement glissants. A voir la direction que prend l’hélicoptère, je conclu que le chantier se situe sur le barrage de l’étang de Périoule.
L’étang de Périoule.
Je devrais encore attendre pour me mettre nu, des ouvriers pouvant à tout moment emprunter le sentier de la montée de « Tirequeue ». Au barrage quelques combines rouges s’affairent, empilant les sacs que l’hélico apporte sans discontinuer à raison d’une rotation toutes les 5 minutes. Je reconnais le chef de chantier avec qui j’ai déjà eu des contacts dans mon boulot, un bonjour, tiens c’est toi !,ils n’ont pas plus le temps de discuter. J’ai bien fait des rester habillé. Nu, ma réputation professionnelle en aurait pris un coup ! Tout le long de la montée de l’Aup du Pont, je suis visible du barrage, toujours rien à faire, pas de nudité. Enfin, je débouche sur l’alpage de Périoule, enfin seul, enfin nu.
Après un dernier ressaut, on débouche dans l’immense plan herbu de Périoule.
Lourdement chargé (mon sac contient le matériel de bivouac, la nourriture, et comme je suis seul, du matériel de sécurité) Je commence à accuser la fatigue, des crampes me forcent à faire de nombreuse pauses. Finalement au bout de 5h de marche je découvre le refuge du Merlet. Il est situé dans un cadre grandiose, dominant un vaste cirque à fond quasiment plat fermé au Sud par la haute et sombre muraille du Grand Morétan.
Fontaine du refuge du Merlet et le Grand Morétan au fond du cirque.
Le refuge s’avère confortable. Je pose mon sac et emportant avec moi un sursac pour m’isoler du sol et quelques vivres à grignoter. Je vais m’installer à une centaine de mètres du refuge en un point où je puis voir arriver d’éventuels autres randonneur sans être vu moi même.
Je fais le tour du locataire.
Je somnole entièrement exposé au soleil dans un douce béatitude que personne ne viendra déranger. Quand l’ombre commence à manger les prairies, je reviens au refuge, fait quelques photos dans la lumière dorée du couchant, puis m’installe pour le dîner.
Au bord du ruisseau.
Ce soir je serais le seul locataire. La lune surgit derrière le Grand Morétan, alors que le soleil abandonne à regret les crête dans un rougeoiement de plus en plus imperceptible.
La lune se lève.
Nuit froide, que j’affronte bien au chaud au fond de mon duvet.
Dans le livre du refuge, quelqu’un vantait la beauté d’une boucle par les cols de la Colombière et du Merlet. Je décide de suivre son conseil. Je part nu quand le soleil affleure la porte de la cabane, mais passant dans l’ombre qui occupe encore le fond de la vallée, je dois vite renfiler un polo.
Froide montée..
Ce n’est que bien plus tard, un peu en dessous du lac de la Colombière que je retrouverais la douce chaleur du soleil sur la peau.
Enfin le soleil…
L’arrivée au lac sera l’occasion d’une séance de barbouillage extensif à la crème solaire, opération pas très agréable, mais indispensable à cette altitude.
Je contourne le lac de la Colombière.
Du lac, le col de la Colombière semble raide et difficilement franchissable. L’auteur du texte dithyrambique lu hier soir, m’enverrait-il au casse pipe ?
Remontée dans les éboulis sous le col de la Colombière.
Je décide de ne pas me laisser impressionner, sachant qu’une pente paraît toujours plus raide qu’elle ne l’est quand on la regarde de face. Je monte et je verrais bien si cela passe ou non. Finalement, à part quelques éboulis fuyants, cela n’est pas si terrible et j’émerge sur le col. Photos de chaque versant avec moi nu.
Pause au col de la Colombière, vue en direction de l’Ouest.
La descente sur l’autre coté (vers la combe du Merlet) me donne un peu plus de fil à retordre. Il me faudra trouver une sorte de vire descendante pour franchir une barre de rochers pourris. Un névé, puis un chaos de bloc et j’arrive en vue de la cabane d’alpage de la Vieille Route. Un 4×4 est garé devant. Plutôt que de me rhabiller , j’entreprends une traversée à flanc 100 m au dessus, en partie caché par des bosses herbues. Derrière une épaule, sous le col du Merlet, je tombe sur un petit troupeau de moutons que j’évite par un grand détour (pas par respect pour les moutons, mais pour le patou qui les accompagne). Après un peu de gymnastique dans un éboulis à gros bloc, je retrouve le sentier “officiel“ qui monte au col du Merlet. Peu avant ce dernier, un chien en sentinelle sur la crête attire mon regard, son patron ne doit pas être bien loin. je renfile précipitamment mon short. En effet arrivé au col je croise un berger qui démonte ses parcs. Un bonjour, que je perçois un peu goguenard, m’a t-il vu dans mon état de nudité ? en tout cas il ne m’en parlera pas.
Vu du col du Merlet, la descente dans les éboulis sur le refuge.
La descente sur le refuge du Merlet serpente à travers un chaos de blocs et je suis rapidement hors de portée de vue : retour à la nudité…
Une petite pause à la cabane, puis il faut bien redescendre d’autant plus que le temps se gâte. Je redeviens temporairement textile pour passer à proximité du chantier du barrage, puis me couvre définitivement à une centaine de mètres du campement des bergers. Ces derniers sont en train de plier leur matériel, la bergère finit la vaisselle. Maintenant j’en ai pour 8 km de route, interminable… L’envie me tenaille de ne remettre « à poil » mais la possibilité qu’une voiture me surprenne m’en dissuade. A propos de voiture, tiens en voilà une qui descend. Je brandit le pouce bien haut … la camionnette s’arrête, il s’agit d’un des bergers, il hésite un moment (m’a t’il vu en état de nudité ?) puis libère le siège à coté de lui et m’invite à monter. Nous discutons sur l’alpage, la météo de l’été, les loups, etc… tout le reste du voyage. A peine débarqué au croisement des routes, une seconde voiture me remonte au collet d’Allevard.
Le canal de la Dive se situe à environ une quinzaine de kilométres au Sud de SAUMUR (Maine et Loire).
A la fin de ce printemps pourri, la Loire est encore en crue et les randonnées sur ses rives sont très vite interrompues par l’omniprésence de l’eau. j’ai donc recherché une autre site qui pourrait se prêter à la randonue. le Canal désaffecté de la Dive m’est apparu comme propice à ce type d’exercice sans craindre de trop nombreuses rencontres.
Ce dimanche matin, vers 9 h, je gare ma voiture à proximité du pont de Saint Just qui enjambe le canal. Premier point positif, elle est la seule. Il est donc peu probable qu’il y ait quelque pécheur sur la première partie de l’itinéraire. Mon projet est de remonter le cours sur une petite dizaine de kilomètres et de revenir par le même chemin. La rive gauche du canal semble la plus appropriée car elle a été récemment et régulièrement fauchée.
A l’Ouest du canal s’étendent des marais quasi impénétrables, refuge de toute une faune aquaphile que je croiserais plusieurs fois sur mon chemin : hérons cendrés, cygnes, canards, poules d’eau, rat musqué, etc…
Le marais.
Les deux cents premiers mètres sont visibles du pont et j’attend une première courbe pour me mettre nu. La rive bien entretenue déroule un tapis de gazon et c’est un délice de marcher nu-pied dans l’herbe fraîche.
Au bout d’environ un kilomètre, le canal est recoupé par une ligne de chemin de fer. Un portillon de fer permet de la franchir.
Aucun train ne s’annonce et précautionneusement (surtout parce que le ballast est tranchant pour les pieds) je m’avance sur le remblai. A ce moment là je voit à peut-être 200 m quelqu’un d’autre qui traverse également la voie. qu’importe, je suis déjà de l’autre coté.
Je renfile le short à proximité de Baffou où une route départementale enjambe le canal. J’ai bien fait, car de l’autre coté il y a un
pécheur sur l’écluse qui s’étonne de me voir aller nu pied. Je lui répond que cela améliore la circulation du sang.
L’écluse.
Cent mètres et une courbe et je suis à nouveau nu. Le canal devient ensuite rectiligne sur une grande distance et je pourrais distinguer à temps toute personne qui s’avancerait en ma direction. A la rivière Marteau, je dois renfiler encore une fois le short car des personnes font leur jardin à portée de vue du canal. Plus loin, c’est un pécheur qui passe en voiture sur l’autre rive, mais je suis en partie caché par les touffes de hautes orties qui poussent au bord de l’eau.
Extrait de carte IGN
Au bout de la ligne droite apparaît l’écluse de Deniau accompagnée de la maison de l’éclusier en pierre blanche. l’éclat du soleil sur un pare brise, fait que je me rhabille encore une fois. Un chien aboie, une femme se penche à la fenêtre. Encore cent mètres et je suis au pont d’Epied.
Au delà, la canal est magnifique, parfaitement rectiligne et encadré de deux rangées de peupliers. Ce sera pour une autre fois…..
Au retour, je détecte à temps le pécheur de tout à l’heure grâce à son flotteur rouge fluo. Par contre je me fais surprendre un peu plus loin par trois VTTistes que je n’ai pas entendu venir. Bonjour, bonjour. Il continuent leur course sans plus de réflexions.
A l’ouest du massif de la Chartreuse s’étire la longue arête de la montagne de l’Épine. Le Mont Grelle (1400 m) en constitue la terminaison Sud. Il domine par une impressionnante falaise le lac d’Aiguebelette. Son versant Est, par contre , s’élève depuis la vallée de Couz par des pentes dans l’ensemble modérées.
Plusieurs itinéraires sont possibles pour gagner le sommet, de la piste carrossable aux anciens sentiers oubliés dans la forêt.
C’est un de ces derniers qui part du col de Couz sur la nationale 6, que je vais emprunter.
Le temps est médiocre et la météo plutôt pessimiste, cependant la température est douce. Ceci-dit, s’il pleut la tenue de peau m’est pas la moins imperméable… et les promeneurs seront plus rares.
A 50 m du col, je suis sous les frondaisons et me déhabille. Le sentier s’élève » d’abord en traversée dans une pente forte soutenu par un muret de pierres sèches.
Très peu fréquenté, il est dallé de fleurs violettes et blanches.
La forêt.
Un petit rayon de soleil perce les nuages, à la faveur d’une trouée dans les arbres, on aperçoit le village de Saint Jean de Couz.
Puis l’on arrive sur un petit replat où la forêt devient plus dense. Le sentier remonte un étrange goulet surplombé par une barre rocheuse.
J’ai décidé de faire une variante afin de contourner les prairies du “Souhait“ par le Nord, car elles comportent plusieurs chalets souvent habités (résidences d’été). Malheureusement, le sentier porté sur la carte n’existe que sur celle-ci et je galère quelques centaines de mètres dans des lapiaz avant de rejoindre la route forestière que je dois emprunter sur 200 m avant de retrouver un autre sentier discret.
Un coup d’oeil à droite, un coup d’oeil à gauche, aucun bruit de voiture, je parcours les deux cent mètres l’oreille aux aguets, puis me dérobe dans la forêt.
Plus haut, je recouperais à nouveau cette route, mais plus brièvement.
A l’approche des prairies, j’entends des voix, puis le rugissement d’une tronçonneuse. Dans l’axe du sentier s’élève de la fumée. Je contourne prudemment la zone hors trace et débouche finalement au dessus du dernier chalet dans la prairie.
La Chartreuse occupe l’horizon.
Tous sont fermés et hors les bucherons le secteur est désert.
Maintenant, sur deux kilomètres, je parcours les prairies très peu pentues qui conduisent à l’arête sommitale. Un peu de vent et quelques gouttes de pluie rafraichissent l’atmosphère.
voilà maintenant un autre soucis, je suis depuis quelques temps des traces de 4×4 toutes fraîches. l’inclinaison de l’herbe couchée par son passage m’indique qu’il n’est pas encore redescendu.
En effet au détour d’un bosquet, je le localise à environ 1 km de là, arrêté non loin du belvédère.
Ses occupants remontent dedans et il se dirige en cahotant vers le bas. Il va passer ici dans 5 mn. Je fais donc un petit détour par la forêt proche et dès que je l’ai entendu passer, je rejoins la piste. Plus personne jusqu’au sommet. Une ou deux photos en direction du lac d’Aiguebelette et je m’éclipse.
Lac d’Aiguebelette et monts du Jura.
En effet d’autres itinéraires arrivent à ce point et sont pas mal fréquentés. Encore un petit peu de pluie, sans que cela ne risque de me refroidir, puis constatant à nouveau, qu’aujourd’hui, aucun chalet n’est habité je décide d’emprunter ouvertement les prairies du “Souhait“ évitant ainsi les bûcherons et profitant des quelques apparitions du soleil.
Pause dans la prairie.
La descente par un autre itinéraire déjà repéré lors d’une sortie familiale est plus rapide et je ne rencontre plus personne jusqu’à la voiture.
Jeudi matin, en faisant mes bagages, j’ai longuement hésité à prendre mes chaussures de marche. C’est que la météo n’annonçait pas vraiment du beau temps sur Marseille pour vendredi. En fin de compte j’ai été optimiste et j’ai bien fait.
Jeudi soir, pluie, et la petite marche dans les rues de Marseille entre le restaurant et l’hôtel a suffit à nous tremper. Or vendredi matin, divine surprise, le ciel est presque bleu. Alors alors que mon fils que j’accompagne va passer son concours, je prend le bus pour la Madrague avec mes chaussures de montagne dans mon sac à dos.
Un peu de marche sur le goudron jusqu’à la calanque des trous, puis au niveau d’un parking désert je m’engage sur un sentier balisé qui s’élève dans une petite combe vers les corniches Satis.
Je monte une centaine de mètres de dénivelé, le temps de m’échauffer et de vérifier que je suis bien seul sur l’itinéraire, puis je passe en tenue de peau. Le ciel est voilé et plus je monte, plus le vent venu de la mer se fait sentir.
Au col de Moutte, j’ai un peu froid et j’hésite à me rhabiller, mais le soleil renforce progressivement sa présence. Un peu plus loin je passe sur le versant Nord où je suis à l’abris du vent. D’un coup tout va mieux.
Je retrouve le vent encore plus fort à la croix du Sommet de Marseilleveyre. Vite une ou deux photos et je replonge au Nord, à l’abri.
Au col de la Selle, le soleil est resplendissant, les falaises lumineuses, mais une barre noire progresse au sud sur la mer.
Au sommet de l’Homme Mort, toujours pour éviter le vent, je descend par le sentier orange et passe en balcon au dessus de la station d’épuration de Marseille. Je distingue très bien des ouvrier sur les terrasses, me voient-ils nu sur ma vire ?
A l’approche du col de Sormiou, le sentier franchis une petite brèche à partir de laquelle je me retrouve en plein vent et à la vue des voitures et cyclistes qui passent sur la route, je me rhabille donc. Du col, je poursuis en direction de l’Est. j’avais pour intention d’aller jusqu’ au col de Sugiton, mais derrière moi, Marseilleveyre est gagné par les nuages et la pluie. Il est plus prudent de descendre sur les Baumettes.
Finalement je n’ai rencontré personne sur mon chemin, bien qu’ayant emprunté pour une bonne partie le GR98. Par contre, j’étais limite au niveau de la résistance au froid.
Au dessus de château Bernard existe un magnifique circuit exposé plein sud, bien adapté aux balades de demi-saisons.
Je gare ma voiture vers 9 h du matin au hameau de Chenevarie, point de départ apparemment peu fréquente vu le peu de places de stationnement.
Le sentier démarre par une petite rue encombrée par un tas de bois que des habitants sont en train de débiter, puis il prend l’aspect d’un chemin creux qui monte assez droit dans la pente. le soleil est de la partie et au bout de 10 mn, je suis nu.
Des taches de soleil illuminent le sous-bois.
Un épais tapis de feuilles mortes masque les cailloux du chemin.
Plus haut quelques prairies ménagent une vue impressionnante sur les falaises qui nous dominent.
La falaise du rebord oriental du Vercors.
La forêt résonne d’aboiements, de cris et d’appels. Une battue est en cours, heureusement assez loin à ma gauche.
Le chemin vient à recouper une piste forestière où sont stationnées les voitures des chasseurs avec leurs petites remorques servant à transporter les chiens.
Le chemin rentre à nouveau dans la forêt où il s’élève par une succession de lacets pour rejoindre le “sentier balcon“ qui chemine au pied des falaises du Nord au sud du Vercors.
A ma gauche, la battue se conclue par quelques coups de feux, puis le silence revient.
Alors que je sors de la forêt, j’entrevois une personne quelques lacets au dessus. Je fais une pose le temps qu’elle contourne un éperon. Dans la suite de la montée vers le pas, je vais tenter de la localiser le plus possible et de garder mes distances. Enfin je rejoint le sentier balcon et contourne l’éperon. Personnes à gauche ou à droite sur des kilomètres…
L’enfilade des falaises, au fond le Mont Aiguille.
Peu de temps après, on quitte le sentier Balcon pour la montée au Pas de la Balme. Le passage n’est pas visible d’où je me trouve et la barre semble infranchissable.
En fait, une fois le pied des rochers atteint, le chemin monte en zig-zag dans un étroit couloir puis traverse longuement à droite sur une vire sous la barre supérieure pour atteindre le plateau lorsque cette barre s’interrompt.
Juste avant de tourner l’angle, je renfile mon short craignant de déboucher sur mes prédécesseurs en train de picniquer au col. En fait personne…
Le short rejoint immédiatement le sac et j’entreprend de me prendre en photo sur la prairie parsemée de neige fraiche.
C’est à ce moment là que deux randonneurs déboulent du sentier venant le la Moucherolle. je ramasse précipitamment mes affaires et dignement m’éloigne vers une petite barre rocheuse derriere laquelle je me réfugie et commence à sortir mon casse-croûte bien calé contre le rocher chaud, au soleil et à l’abri du vent.
C’est alors que les fâcheux réapparaissent à l’angle du rocher venant constater sans gène ce qu’ils n’avaient qu’entrevu. Enfin après quelques explications gènées, ils font demi-tour et prennent la direction de la Tête des Chaudières.
De nouveau seul, je retourne sur le plateau pour faire quelques photos de l’autre versant.
Les hauts plateaux du Vercors.
Malheureusement, il faut bien finir par redescendre, d’autant plus qu’il me reste pas mal de chemin à parcourir si je veux respecter mon programme.
Dans le couloir, je suis surpris par une femme qui monte et qui me tourne le dos le temps que je passe, puis rhabillé je croise deux autres randonneurs à qui je dois remonter le moral pour qu’ils aillent jusqu’au col. 100 m plus loin, je suis à nouveau nu.
Maintenant je rejoins le sentier balcon que je vais suivre horizontalement sur 3 km vers l’Est jusque sous les Deux Soeurs et le chalet des Soldanelles au sommet des pistes de ski du col de l’Arzelier.
Le restaurant au sommet des pistes et ses joyeux convives.
Je me rhabille pour passer devant les joyeux convives qui occupent la terrasse et pour toute la descente sur le col de l’Arzelier.
En dessous du parking du pied des pistes, à travers un petit bois parsemé de jeux d’enfants, j’atteins la Croix de Jacques d’où un sentier à peu près horizontal va me ramener en quelques kilomètres à travers la forêt jusqu’à Chenevarie.
Alpes du Nord, Oisans. le col des Quirlies (3000 m) dans le massif des Grandes Rousses fait communiquer, par une marge selle, le glacier de Saint Sorlin au Nord avec celui des Quirlies au Sud.
Après avoir fait toute la route depuis Grenoble sous une épaisse couche de grisaille, j’émerge enfin au desus de la mer de nuages au fond de la vallée du Ferrand. La voiture est laissée dans un virage de la route au dessus du lieu-dit « le Perron » ; au départ d’un chemin qui remonte la vallée vers le Nord.
La vallée du Ferrand sous la mer de nuage. Au fond, le pic de la Muzelle.
A 9h, le versant est déjà au soleil, mais un petit vent frais et la présence d’une voiture visible à un kilomètre de là sur mon chemin à proximité du pont me font rester prudemment habillé.
Au début la vallée se reétrécit en une gorge dans l’ombre de laquelle on distingue des cascades.
Le sentier s’élève en rive gauche. Un vent catabatique glacial dévale la gorge me forçant à sortir le pull du sac à dos. Au dessus des cascades, la vallée s’ouvre à nouveau, mais le sentier reste dans l’ombre., le soleil éclaboussant le versant en face, quelquefois à moins de dix mètres.
La haute vallée du Ferrand
Quand enfin au bout d’une heure, le soleil daigne venir jusqu’à moi, c’est a vec un grand plaisir que je finis par me déhabiller entièrement, la rapidité de la marche compensant la fraicheur ambiante. Aussi loin que puise porter mon regard, je ne distingue personne sur le sentier.
Des ruines des chalets des Quirlies, mon regard est attiré par deux points colorés qui vont et viennent au pied d’une cascade. A cette distance, ils ne peuvent distinguer mon absence d’acoutrement. Je continue donc à remonter les lacets du sentier qui mène au lac.
Les deux qui me précèdent ont perdu beaucoup de temps à franchir le torrent et je me rapproche sérieusement. Afin de garder une distance suffisante pour ne pas être dévoilé, je m’accorde une pose « casse-croute ».
Enfin, ils surmontent le verroux rocheux sous le lac et disparaissent de ma vue. Je reprend ma route.
Prudemment, l’oreille aux aguets, je franchis à mon tour la barre rocheuse et constatant que la route est libre, je continue à travers un chaos de blocs.
Du verrou sous le lac : vue sur les trois aiguilles d’Arve et le Goléon.
Les aiguilles d’Arve pointent derrière des crêtes herbues faiblement enneigées.
Peu avant d’arriver au lac, je remet un short, me doutant que les deux personnes qui me précédent sont quelque part au bord. je les repère emballées dans des « doudounes » colorées et coiffées de bonnets. Quel contraste avec moi qui était entièrement nu il y a 5 mn et me serais à nouveau 100 m plus loin !
En rive gauche du lac se développe une vaste terrasse sur laquelle je suis hors de portée de vue et qui vient butter sur des moraines et des éboulis fort pentus.
Le glacier des Quirlies vient finir sa course dans le lac du même nom.
la remontée en rive gauche du glacier dans les éboulis est longue et pénible et ce n’est que vers 2800 m d’altitude que je débouche en vue du col.
Col des Quirlies, versant sud.
Le glacier est sec de neige comme en été, mais la glace est dure et lisses et ne concède aucune adhérence. Je finis cependant par déboucher sur la selle du col en zizaguant entre les crevases bien présentes.
Le col est une large selle glaciaire entre les glaciers des Quirlies et de l’Etendard. An fond, le Mont Blanc.
En cette saison, à 3000 m d’altitude, sur le col, le vent est frais et je fais rapidement demi-tour.
Navigation entre les crevasses qui ne sont bouchées que de fragiles ponts de neige fraiche soufflée.
La descente dans les éboulis et les cailloux posés sur la glace est tout aussi pénible que la montée, mais en fin de compte rapide.
Les bords du lac sont maintenant pas mal habités, et je remet le short pour quelques temps. je passes torse nu devant tout ce petit monde endoudounné en disant bien bonjour…
Un peu en dessous du verrou rocheux, j’avise un variante qui m’éloigne du chemin principal et dès que j’ai tourné la première bosse qui me soustrait aux regards, je retrouve ma nudité.
La journée commence à être bien avancée et désormais tout le monde descend. Il me suffit de tenir les distances avec ceux qui sont devant et de surveiller de temps à autre en arrière si personne ne me rattrape.
C’est presque en arrivant en bas que je me fait surprendre par un VTT qui montait, difficilement visible à cause du contre-jour. Nous échangeons un bonjour, mais il a du me prendre pour un fou en raison du froid qui devenait perçant.
En haut des cascades, je détecte juste à temps un groupe de touristes sur le sentier en dessous et me rhabille définitivement.
Vraiment, j’ai fait un mauvais choix, comment n’ai-je pas vu sur la carte que cette arête allait me cacher le soleil d’automne pendant la plus grande partie de la balade. Le sol est gelé et la température franchement négative. Le versant en face resplendit de soleil avec feuillages ocres parsemés des flammes dorées des érables. Plus bas sur la piste, à un carrefour 3 ou 4 voitures étaient garées, j’ai pensé qu’il s’agissait de chasseurs. A la cabane de la “place du Dîner“, terminus carrossable, encore une voiture ; de toute évidence, je ne suis pas seul dans la montagne. De plus des traces nombreuses piétinent le givre du sentier. Dans ces condition je préfère attendre de sortir de la forêt et d’être au soleil pour me dévêtir. Après 500 m de dénivelé, une variante au sentier principal s’en va fleurter avec le versant opposé. C’est une aubaine de quitter le monde glacé et sombre des “arcosses“ pour la lumière. Au premier rayon de soleil, je suis “à poil“ avec d’autant moins de retenue que depuis quelques temps je n’observe plus de traces devant moi. Mes prédécesseurs ont suivi le sentier principal. Au détour du sentier, sur une croupe, la vue plonge sur la vallée de la Maurienne, avec les crêtes des Bauges et de la Chartreuse en horizon.
Les Bauges et la Chartreuse.
Le soleil rasant illumine à contre-jour la chevelure grise du roi des Aulnes.
La forêt d’Aulnes.
A un chalet en ruine, je fais une pose pour manger un peu et me désaltérer. C’est alors que j’aperçois le groupe qui me précède (une douzaine de personnes) qui sort de la forêt un peu en dessous des lacs.
Pause.
Il semble qu’il m’aient également vu, car il s’arrêtent et se tournent dans ma direction. De loin, mon aspect à du leur sembler inhabituel. Un éclat de lumière trahis des jumelles qui sortent du sac. Le groupe discute, puis au bout de quelques minutes repart. J’attend qu’il ait disparu de ma vue derrière l’épaulement d’une moraine pour reprendre ma route toujours nu. Juste avant de franchir la moraine, je me rhabille. J’ai bien fait car un couple surgit au détour d’un bloc. Je continue habillé jusqu’au premier lac. Le groupe volubile et coloré est installé sur une position dominante. Pour ma part, je me pose au bord du lac gelé entre quelques blocs. j’aimerais bien qu’ils s’en aillent pour faire quelques photos de nu. Mais là-haut rien ne bouge. C’est alors qu’au bord du lac, entre deux blocs surgit une hermine. Elle se lance dans une course rapide qui se termine par une longue glissade sur la glace. Le jeux semble l’amuser prodigieusement et elle parcourt ainsi le lac dans tous les sens jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive de ma présence et disparaisse tout aussi soudainement. De guerre lasse, je contourne une bosse et découvre un second lac tout aussi gelé et en partie hors de leur regard. Je me met à nu et fait quelques photos avec et sans personnage.
Un coup d’oeil par dessus la bosse, le groupe est toujours là et n’a pas l’air de vouloir déménager. Le fond de l’air est frais et il faut que je bouge si je ne veux pas prendre froid. J’entreprend donc de redescendre doucement derrière une proéminence de blocs. Une nouvelle pause en plein soleil adossé à un gros cailloux bien chaud ; il me suffit de tendre le cou pour surveiller les autres sans être vu, d’autant mieux que je suis à contre-jour. Des pierres roulent quelque part sous la crête sommitale et attirent mon regard sur un groupe de chamois, petites taches noires mobiles dans la grisaille d’un éboulis plongé dans l’ombre glaciale. Enfin, les bavards se lèvent, palabrent encore de longues minutes, puis entament la descente. Un long arrêt à la croisée des chemins, puis tout le monde s’ébranle doucement vers le bas. Une dernière croupe contournée les met hors de ma vue, et j’entame moi aussi la descente. Au croisement, je prend la direction opposée, comme cela pas de risque de les rattraper.