Une semaine de randonue au pays du Verdon.

Avec (pour les Rhône-alpins) Bruno, Georges, Gilbert et Patricia.

Organisé par Jean et Gilbert, ce séjour a rassemblé une trentaine de randonneurs naturistes (hommes et femmes)  au camping du Petit Arlane à Valensole.

Arrivés parmi les premiers le 20 mai, la première impression est plutôt négative. Des flaques de boues encombrent les allées et nous découvrons notre logement : un gîte vaste, mais plutôt humide et froid.

Nous partagerons ce dernier pour la semaine à quatre (Bruno, Georges , Patricia et Yves).

Dimanche, Gilbert a prévu une rando de mise en forme (peu de dénivelé) autour de Allemagne en Provence, sur le plateau de Valensole.

En passant, nous admirons le château de Castellane puis nous élevons sur la colline qui le domine.

Sur la crête, la chapelle Saint Marc est l’occasion d’une première halte, d’autant plus que Gilbert y recherche une géocache.

La tombe d’un seigneur de Castellane se situe un peu plus loin. Puis la crête devient un plateau couvert de champs de blé et de lavande. Le soleil y tape dur et malgré notre nudité, c’est avec soulagement que nous retrouvons la fraicheur d’un vallon arboré qui nous conduit à un fond de vallée. La présence d’une route départementale et la proximité d’une ferme, nous obligent à nous rhabiller. La traversée à gué d’un ruisseau boueux ajoute un peu de piment à l’aventure.

Puis nous suivons une petite route peu fréquentée où les plus extrémistes retrouvent la nudité. Nous rejoignons le GR4 qui monte sur le plateau en face au niveau d’une énorme machine d’abattage au pied d’une coupe rase dans la forêt : spectacle affligeant.

Un moment d’inattention des premiers et une partie du groupe qui traine en arrière (nous sommes une trentaine) continue tout droit sur la route.

Arrivés sur le plateau après un raide montée, nous nous rendons compte de leur absence. Nous les attendons en collationnant à l’angle d’un champ.

Alors que l’orage menace, quelques uns redescendent à leur recherche. Finalement une liaison téléphone nous informe de leur erreur. Compte tenu de la pluie imminente, ils préfèreront renter directement au village par la route.

Sur le plateau, les premières gouttes viennent nous rafraichir à coté d’une ruine. Les capes de pluie sortent des sacs. Pour ma part, je préfère rester nu, mes habits étant bien au sec dans mon sac.

Le soleil revient alors que nous empruntons une petite route. Certains se rhabillent, mais deux amies plongées dans leur discussion ne se rendent même pas compte du changement de décor. Une ou deux voitures passent, quelques piétons qui ne font pas de réflexion. Un raide sentier en descente nous ramène finalement au village où les dissidents de tout à l’heure sont déjà au bar.

Lundi : Pas terrible les plateaux de Valensole, unanimité pour aller en montagne, aux gorges de Trévans. La rando commence par la remontée des gorges le long d’un torrent impétueux (pas surprenant après les pluies de ces derniers jours).

Passages en corniche et passerelles agrémentent l’itinéraire.

La nudité est vite adoptée par la majorité d’entre nous, mais pour certains en conservant un Tshirt car le fond de l’air est encore frais. Un détour nous amène aux ruines de la chapelle Saint André sur un piton dominant les gorges.

On croise un couple de textiles, pas effarouchés par notre tenue. Redescente en fond de vallée et poursuite vers la cabane forestière de Valbonette.

Ensuite le sentier monte à travers une sapinière aux troncs élancés vers un belvédère que nous occupons pour le casse-croute.

Des textiles pointent leur nez, deux passent devant nous et vont s’installer un peu plus loin. Un groupe reste en arrière sur l’éperon. Obligés de passer devant eux pour le retour, nous aurons une remarque imbécile et graveleuse.

Le sentier maintenant descend alors que l’orage quotidien nous rejoint. J’adopte la même stratégie que la veille : nu et tous les habits dans le sac. A un croisement de chemin, alors que je suis le premier, je tombe nez à nez avec une petite famille. Ma tenue m’attire une remarque désagréable. Puis un dialogue s’instaure et Gilbert initie les enfants et les parents au géocaching.

La fin de la boucle est une descente raide en forêt, un peu glissante à cause de la pluie. L’orage se calme et nous arrivons aux voitures avec un rayon de soleil.

Mardi : Pluie toute la matinée. Patricia, Georges et moi, profitons d’une éclaircie pour aller brièvement visiter Moutier Sainte Marie et monter au fond de la gorge à la chapelle Notre Dame de Beauvoir, sanctuaire à “répit“ ou l’on pratiquait la “sucitation“.

La solution des limbes (limbus puerorum), inventée pour adoucir un dogme qui vouait des enfants à un enfer, devint insupportable puisque l’innocent ne pourrait jamais entrer en paradis. De plus un clergé rigoriste ne permettrait pas aux mort-nés d’être baptisés ou enterrés en terre consacrée. D’où la nécessité des sanctuaires à répit où le petit défunt était porté en toute hâte. Parrain et marraine le posaient sur l’autel et priaient pour qu’il reprenne vie un instant afin qu’un prêtre effectua le baptême et que son âme s’en fût au paradis.

Mercredi : Le soleil retrouvé (un peu orageux quand même), nous voilà partis à Quinson pour parcourir les basses gorges du Verdon par le chemin du garde canal. En effet, un ancien canal désaffecté est accroché au flanc de la falaise et constitue une voie de pénétration dans ce monde aquatique et vertical.

Le sentier semble très fréquenté en saison touristique avec escaliers et rambardes en fer.

Au départ, le temps de me mettre à nu, je traine un peu en arrière et me fait rattraper par une petite famille avec chien. Bien que, torse nu, ayant gardé le short, on me fait les gros yeux.

Je rattrape progressivement le gros de la troupe. Escaliers et corniches se succèdent ménageant de belles vues sur l’eau bleue du Verdon enchâssé entre les falaises de calcaire blanc et jaune. En face, quelques chèvres broutent sur les vires.

Au bout d’un moment le sentier descend dans le canal asséché, et juste après la maison du garde canal, s’engage dans un tunnel assez long. Heureusement, nous avons prévu les frontales. Cependant une mauvaise surprise nous y attend : des flaques d’eau plus ou moins profondes, plus ou moins étendues.

Les premiers d’entre nous réalisent des exploits d’équilibre pour passer sur les bords en s’aidant des bâtons, mais arrive, non loin de la fin, une flaque plus prononcée et beaucoup rempliront les chaussures. Le reste du groupe décide d’enlever tout simplement celles-ci et de passer pied nu.

Le dernier arrivé, rassemblés sur une passerelle au dessus du canal, nous voyons émerger du tunnel un textile solitaire qui fait demi-tour immédiatement. Est-ce la nudité du groupe qui lui a fait peur ?

L’itinéraire quitte la gorge pour remonter longuement un vallon sec. Paysage étrange de troncs et branches dénudés d’où pendent de grandes draperies de mousses.

Un embranchement, nous conduit à la chapelle Sainte Maxime sur un éperon dominant les gorges, puis retour au fond du vallon.

On finit par sortir sur le plateau dans la garrigue. Un bon chemin nous conduit à proximité d’un petit aven : la Baume des Pierres. C’est l’occasion de s’arrêter pour le repas de midi et pendant que certains se restaurent et discutent, les plus téméraires se lancent dans l’exploration de la cavité en tenue de naissance. Quelques angoisses, car nous les voyons pas tous ressortir. Pierre repart à leur rencontre et les ramène à la surface.

Le retour se fait à travers la garrigue sous une chaleur lourde sous un ciel de plus en plus orageux. Une raide descente nous conduit à notre point de départ au bord du Verdon.

Jeudi : Un sommet : le Montdenier, belvédère au dessus du pittoresque village de Saint Jurs.

Gilbert nous emmène d’abord voir l’ancienne source située en dessous de ce dernier. Puis nous remontons les rues étroites passant devant un ancien hospice. La rue se transforme en chemin. Un petit détour par l’église posée sur un piton à coté des ruines d’un château, puis nous remontons la piste forestière qui monte au col de Saint Jurs.

Un 4×4 passe alors que certains sont déjà nus. Heureusement la piste est doublée sur la plus grande partie de son parcours par un sentier plus direct et plus discret. Une grande plateforme dénudée matérialise le col et nous profitons de la vue sur les montagnes environnantes tout en prenant un premier “en-cas“.

Un sentier s‘élève sur l’arête nord du Montdenier d’abord en forêt, puis dans les prairies d’alpage. Le sommet n’est pas loin, mais le groupe décide de l’arrêt de midi à l’abri du vent, derrière une petite crête rocheuse. Le sommet sera pour plus tard quand tout le monde sera reposé.

Et puis c’est la descente. Les quelques trente participants nus, s’échelonnent dans la prairie quand surgit à notre grande surprise une petite fille toute seule. Les shorts et les paréos sont vite en place, mais elle ne peut avoir manqué de nous voir nus. Elle nous croise, pas perturbée du tout, en disant gentillement bonjour. Nous trouverons plus bas les parents auprès desquels nous nous excusons. En fait, pas de problème, il s’agit d’un couple franco-allemand pour qui la nudité est naturelle en balade avec une autre famille également allemande.

Le reste de la descente se fit sans nouvelles rencontres et se termina par une visite du village, habillés, conduite par Gilbert.

Vendredi : le lac de Sainte Croix.

Citation Vivrenu : Certains font du naturisme sauvage au bord des lacs mais au bord du lac de Sainte Croix il y a un arrêté d’interdiction suite à des débordements.

Gilbert nous a préparé une rando autour de la péninsule de Bauduen. A partir du village nous remontons une piste dans un vallon sous un soleil généreux. Montée ralentie par la recherche de quelques géocaches. C’est avec soulagement (au moins pour moi) que nous atteignons un petit col où nous rentrons sous le couvert de la forêt. Quelques pieds de fraxinelles en bord du chemin font crépiter les appareils photos.

La descente se termine sur une piste, au moment même où passe une voiture. Certains ont eu le temps de se couvrir d’autres non.

Le chemin vient à border le lac. Ce dernier est très haut et les arbres en bordure sont en partie noyés. Nous nous précipitons vers la première plage, qui ne convient pas à tous.

Une seconde sera le lieu du repas et des premières baignades. Après un long farniente, nous nous remettons en route, toujours au bord du lac, toujours nus. Personne, les plages sont à nous.

Un nouvelle plage de sable plus belle que la première sera l’occasion d’une seconde baignade. Puis le chemin remonte dans des rochers. La progression devient pénible dans un lapiaz tourmenté masqué par la garrigue.

Nous sommes rattrapés par deux textiles, mais tout le monde est trop occupé dans sa progression pour s’offusquer de notre tenue.

Une raide descente (désescalade) nous ramène au bord de l’eau à une jolie plage ombragée. Une femme et son chien sont installés là. Les premier lui demandent si notre nudité la dérange. Pas du tout, mais elle nous avertis que le naturisme est interdit par la commune. Nous passons outre et bavarde, elle nous rejoint, seins nus, dans l’eau. Nous jouons un long moment avec le chien, puis il faut bien renter. C’est alors que nous commençons à nous rhabiller qu’un homme, que nous n’avions pas vu jusque là, nous interpelle violemment. Il semble prêt à en venir aux mains. Vas-t-il finir à l’eau ? Non. Nous prêchons le calme et le laissons vociférer alors que nous nous éloignons. Nous rejoignons le parking correctement habillés. Ouf, pas de gendarmes.

Ce soir est le dernier repas en commun dans la grande salle du camping, les plus pressée repartiront demain matin. Jean et Danielle ont préparé leur désormais traditionnelle omelette aux truffes et une délicieuse mousse au chocolat.

Samedi : Avec les départs, le groupe est réduit à une dizaine. Sur ma proposition à Gilbert, nous repartons dans la montagne, au Grand Margès, sommet entre gorges du Verdon et Grand plan de Canjuers. Les voitures sont laissées au point de retour au col d’Illoire.

Nous remontons un moment la départementale sous un soleil pesant, puis un chemin sous bois jusqu’à rejoindre le GR99 sur l’arête. La vue se dégage progressivement sur les gorges du Verdon tandis que Gilbert part en chasse de nombreuses géocaches (pas toujours avec succès).

Un joli plan herbu “le Clot de la Glacière“ est l’occasion d’un premier casse-croute pendant que Gilbert fait bande à part à la recherche d’un nouvelle géocache.

Nous le retrouverons plus haut à proximité du sommet. Arrêt pour pour le vrai repas. Le gros du groupe est réfugié à l’abri du vent dans une toute petite clairière. Gilbert et moi préférons la vue depuis le sommet.

On se remet en route un peu dans le désordre pour la descente sur le pas de Garimbau. A partir de ce point on rentre dans le camp militaire de Canjuers et de nombreux panneaux nous signifient qu’il est interdit de sortir du sentier.

Le groupe s’étire dans la garrigue. A un moment, je me retrouve seul. Je force le pas pour rattraper ceux que je suppose devant. Mais en fin de compte j’arrive au col en premier. Pas grave, je vais attendre, c’est un passage obligé. Un peu d’ombre, une petite sieste, mais personne n’arrive. Je commence à m’inquiéter. Laissant là mon sac, je remonte sur environ un kilomètre, toujours personne. Auraient-ils fait demi-tour ? Je reviens au col, reprend mon sac, du coup, décidé à refaire tout le chemin jusqu’au sommet s’il le faut. Enfin, je retrouve le groupe. On m’explique que Jean Pierre a fait un malaise. Ce dernier s’est remis en marche, mais d’un pas mal assuré.

Il faut finir la boucle au plus court. Cela tombe bien, notre itinéraire coupe la route départementale un peu en dessous du pas de Garimbau. Nous irons rechercher une voiture au col d’Illoire en faisant du stop. Tant pis pour le reste du parcours.

Au bord de la route, Jean Pierre est couché dans l’herbe. Nous nous concertons, qui va chercher une voiture ? Au cas ou aucune voiture ne voudrait s’arrêter, personne n’a bien envie de se faire 7 km sur le goudron en plein soleil (et en montée en plus). De l’avis de mes compagnons, je suis le plus présentable. Rhabillé, avec le sac et les bâtons à la main (le parfait randonneur) je m’engage sur le bord de la route. Une voiture arrive dans le virage, je tend le pouce et elle s’arrête. Des allemands. Extraordinaire, je n’aurais pas attendu plus que quelques secondes ! Trente minutes plus tard, je suis de retour avec la voiture de Pierre.

Dimanche, c’est à notre tour de partir. Recharger la voiture, faire le ménage du gîte, aller dire les derniers “au-revoirs“ : la matinée s’étire lentement en faisant reculer le plus possible l’échéance.

Le malaise de Jean-Pierre ? Un embarras gastrique ou hépathique, semble-t-il, qui passera en 48 heures.

Les itinéraires

Dimanche : plateau de Valensole


Lundi : Gorges de Trevans


Mercredi : Basse gorges du Verdon


Jeudi: Le mont Denier


Vendredi : Presque ile de Bauduen

Samedi : Le Grand margès


 

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