Au glacier d’Argentière

19 juillet 2016

Seul

Personne n’ayant voulu (ou pu) m’accompagner ; après 2h1/2 de route, je suis seul à 7h1/2 au guichet du téléphérique des Grand Montets.
Contrairement à mes craintes, ce n’est pas la foule et la benne n’est qu’à moitié pleine principalement d’alpinistes.
Le “dress-code“ est dans le noir, le casque, seule tache de couleur, déjà sur la tête et il est de bon ton d’afficher toute sa quincaillerie pendue au baudrier, comme si la difficulté de la course envisagée état proportionnelle à l’inventaire des artifices techniques complaisamment étalés.
L’alpiniste est élégant, mince, serré dans un pantalon étroit et une veste moulante. Le sac est petit, le piolet hi-tech au manche torturé et à la pointe agressivement recourbée.

Nous sommes trois à descendre à Lognan. Les deux anglais partent devant. Je suis seul pour un bon moment, car la benne suivante n’arrivera que dans un quart d’heure. Malheureusement le secteur est à l’ombre de l’aiguille du Chardonnet et la température n’incite guère à la nudité.

A l’ombre de l’aiguille du Chardonnet.

On remonte une piste à 4×4 caillouteuse jusqu’à atteindre la moraine rive gauche du glacier d’où l’on domine la cascade de séracs (le “Point de vue“). Un sentier parcours la crête de la moraine et vient finir en un point où l’on prend pied sur le glacier.
Les quelques autres personnes qui ont été à un moment ou un autre dans mon champ de vision s’arrêtent là et je suis seul à poursuivre.

la cascade de séracs.

Dans la combe entre rocher et glace, le pierrier est encore recouvert de neige et la progression facile. Quelques crevasses doivent être enjambées précautionneusement, mais sans réel danger.

On prend pied sur le glacier.

Plus en amont un grand champs de crevasses barre la glacier et l’itinéraire le contourne par les rochers de la rive gauche (le Rogon).
Pour arriver au pied des rochers, il faut remonter péniblement une moraine raide et croulante. Des échelles scellées dans les dalles sont pour le moment occupées par un guide et son client, ce dernier dument assuré à la corde. Mon tour venu, je franchis les échelles qui ne présentent aucune difficulté. Plus loin, quelques passages sur des dalles inclinées, bien qu’appareillées de quelques crampons métalliques, sont à mon avis plus délicats.

les échelles.

Du sommet du Rognon la vue se dégage sur tout le cirque de montagnes qui encadrent le glacier d’Argentière.

Les faces nord de la Verte, des Droites et des Courtes qui s’élèvent d’un jet de plus de 1000 m au dessus du glacier monopolisent le regard. J’ai retrouve depuis un bon moment le soleil et pourrais me mettre nu, d’autant plus qu’il n’y a personne en vue. Mais des difficultés technique m’attendent pour redescendre sur le glacier et je préfère repousser la nudité encore quelques temps.
Là un passage sérieux m’attend. La trace s’engage dans une courte pente de neige à près de 50 ° dominant de petites barres rocheuses et des éboulis. Je sent bien qu’il n’est pas raisonnable de m’y engager à la descente et envisage un moment de renoncer à poursuivre plus loin. Finalement, j’explore un système de vires et de gradins déneigés qui finissent par me permettre de contourner l’obstacle.

les Courtes, les Droites et l’aiguille Verte.

Une fois sur le glacier, je suis parti pour des kilomètres de faux plat ascendant sans aucun obstacle. La glace est encore recouverte d’une faible épaisseur de neige et la marche aisée.
Personne en vue, aussi loin que porte le regard, je décide alors de me mettre nu. Mais le glacier est balayé par un méchant vent catabatique glacial et au bout des quelques centaines de mètres, je suis contraint à enfiler une polaire.

Sur le plateau supérieur du glacier.

Aiguille Verte.

Le fond du cirque, le Mont Dolent.

Après une bonne heure de marche, le refuge apparait, perché au dessus de la moraine rive droite sous les premiers contreforts de l’Aiguille d’Argentière. Je rejoins cette dernière en traversant un pierrier croulant et dès que j’ai monté de quelques dizaines de mètres, le vent cesse.

Le refuge.

Là, il y a un peu plus d’animation. Des cordées rentrent au refuge, d’autres en repartent pour rejoindre la vallée. Il n’est donc pas question de se remettre nu.
L’accueil par la gardienne du refuge est des plus sympathiques. Je discute un moment avec une personne attablée sur la terrasse, prend quelques photos et casse un croute et ne m’attarde pas prévoyant que la neige va ramollir au soleil et que le long parcours sur le glacier pourrait bien devenir un peu plus pénible.

Entre temps, le vent glacial à cessé et les lieux se transforment en “four solaire“. Dès la moraine quittée, je suis nu. Assis sur un bloc, je me passe une bonne couche de crème solaire et attaque la longue descente.

Je suis consciencieusement la trace, quant d’un coup le sol se dérobe sous mon pied gauche et je me retrouve engagé jusqu’à l’aine dans un trou noir. Heureusement pour moi l’autre pied trouve un sol ferme et je me dégage d’un coup de rein. Rien, absolument rien ne laissait prévoir la sombre oubliette. Un frisson rétrospectif me parcours et c’est avec soulagement que je gagne une zone de glace affleurante.

Face nord de l’aiguille du Triolet.

Face Nord des Courtes.

Aiguille d’Argentière et glacier du Milieu.

Je retrouve le Rognon, mon système de dalles et de vires. Mais il faut se rhabiller car des alpiniste montent depuis la vallée vers le refuge.

Retour au Rognon.

Je me mettrais à nouveau nu quelques temps sur la partie inférieure du glacier, puis en vue du “Point de vue“ dû retrouver une tenue plus correcte car la foule des touriste a envahis les lieux.

Je commençais à avoir sérieusement mal aux pieds et la descente prudente sur les piste caillouteuse jusqu’au téléphérique fut un petit calvaire.

Les séracs depuis le « Point de vue ».


 

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