16 avril 2011
seul.
Alpes, massif de la Chartreuse.
Un sommet bien difficile à atteindre…

La Dent de l’Ours depuis la prairie des Combes. A gauche, le couloir du col du Frêt. (« les 120 lacets »)
Je laisse la voiture sous les premiers arbres, au bout de la prairie des Combes au dessus des Arragons. Les lieux sont déserts et je me déshabille tranquillement à la voiture. Les habits sont dans le sac à dos et je pars avec, à tout hasard, mon short à la main.
Mon itinéraire rentre au bout de quelques dizaines de mètres dans la forêt par un chemin forestier assez pentu et creux.

Sur le chemin du départ.
Au niveau d’un panneau de l’ONF annonçant la forêt domaniale, un petit sentier mal tracé permet d’éviter par quelques lacets une très rude montée de la piste.
Plus haut, dans le versant, le sentier a été écrasé par la piste, cependant désormais assagie.

Quelques vieilles plaques de neige subsistent encore au fond des combes forestières.
Lorsque la piste franchis une crête, je descend sur l’autre versant par une trace presque imperceptible qui va me conduire à la tourbière des Granges de Bovinant. C’est là que je rejoins le sentier principal qui monte au col du Frêt. J’écoute longuement : aucun bruit anthropique. Le secteur semble désert.

La tourbière.
Cependant, très vite je repère des traces de pas, toutes fraiches, dans les rares plaques de neiges qui subsistent. Je suis donc précédé. Dans la montée des 120 lacets, la vue est souvent assez dégagée et je ne vois personne sur le sentier.
Après avoir déroulé les multiples zigzags dans le couloir et franchis une plaque de neige un peu délicate j’approche du col. Pour ne pas déboucher brusquement en tenue gênante sur des randonneurs faisant une pose derrière l’échancrure, j’enfile mon short. Mais il n’y a personne en cet endroit, sauf une paire de bâtons posés contre la paroi. J’en conclus que mon, ou mes, prédécesseurs sont engagés dans l’escalade de la Dent de l’Ours. Curieuse coïncidence que d’autres personnes aient entrepris cette escalade très peu fréquentée au moment même où je m’y rend.
Quelques pas de varappe, et je suis sur l’arête.

Sur l’arête de la Dent de l’Ours.
Ce n’est pas l’escalade qui offre le plus d’obstacles à la progression, mais finalement le végétal.
Au bout d’un petit moment, je repère deux personnes non loin du sommet. Elles semblent redescendre. Elles sont encordées et progressent lentement. Quand nous nous croisons, elle me disent qu’il n’est pas possible d’aller jusqu’au sommet à cause d’une brèche qui barre le passage. Ce que je constate peu après. La végétation y est si touffue qu’il est impossible, même de poser une main courante (j’ai une corde dans mon sac). La suite n’est donc pas par là.
Déjà bien contusionné par de multiples griffes acérées, je n’insiste pas plus et fais demi-tour.
Les autres ont fuit l’arête et s ‘engagent pour redescendre dans de dangereuses pentes herbue à plus de 45°.
Lorsque je suis de retour au col, un homme arrive du versant Ouest. Je sort mon casse-croute et attend patiemment qu’il descende pour pouvoir me remettre nu. Au bout d’un moment, il s’engage dans le versant Ouest par lequel je suis monté. J’attends qu’il ait disparu et reprend ma tenue préférée. Malheureusement pour moi, je le rattrape, car il hésite sur la plaque de neige raide (35 à 40°). Je renfile le short et l’aide à passer, me plaçant en dessous de lui pour pouvoir le bloquer en cas de glissade.

Je laisse s’éloigner mon compagnon.
Ensuite, je le laisse repartir devant, fouillant dans mon sac. A partir de maintenant je ne rencontrerais plus personne et redescend sans craintes jusqu’à ma voiture entièrement nu.

Extrait de carte IGN.







