Bellacha

2 septembre 2014.

Alpes, chaine de la Lauzière.

seul

A Bonneval, je trouve sans difficultés la route forestière qui monte au parking de Plan de Lay, mais un premier obstacle me barre le chemin. Une tranchée a été ouverte en travers de la route et ne me laisse que l’étroit bas-coté. C’est juste, mais ouf, ça passe. Mes déboires ne sont pas finis. Après une série interminable de lacets, je me retrouve devant une pancarte « débardage de bois, accès interdit ». Je sais que je peux arriver au même point par une autre route, mais redescendre puis remonter depuis Cellier me prendrait au moins une heure. Alors je tente le tout tout le tout, je transgresse. Pas de bruits de tronçonneuses ou de tracteurs, les bucherons ne sont probablement pas encore arrivés.
La route est bordée de troncs empilés et jonchée de petit bois. A tout moment, je puis me retrouver en face d’un tronc en travers, pire ,en voir débarouler un sur la piste.
Je suis conscient du risque et force l’allure afin de rester le moins longtemps exposé. Le chemin est pas mal défoncé par l’impact des grumes et la voiture cahote et touche plusieurs fois. Enfin, je sors de la forêt.Le risque s’estompe. Mais voila une barrière plantée en travers. Elle est destinée aux voitures qui viendraient dans l’autre sens.
Je descends de voiture et la déplace pour passer, puis la remet.
Peu après j’arrive au parking. Personne. Je me mets nu et à ce moment là passe un 4X4 de bucherons. Je l’ai échappé belle! Si ceux-là m’avaient trouvé sur leur chantier, j’aurais pris un sérieux savon.

Je projette de courcircuiter un bon Km de route par un sentier parallèle. J’en trouve difficilement le départ au bout de la prairie. Mais il est de toute évidence abandonné. Des arbres couchés en travers m’obligent à quelques gymnastiques, jusqu’à ce qu’un chablis serré me barre définitivement le passage. Je n’ai plus qu’a descendre sur la route quelques dizaines de mètres plus bas.
Cette dernière se poursuit sur l’autre versant et j’aurais largement le temps de me rhabiller si je voyais arriver une voiture. Je reste nu. Étrange sensation de vulnérabilité que de progresser ainsi sur le goudron…
Le chalet du Gelon est fermé. Pas plus de voiture sur ce deuxième parking. Au départ du sentier, des panneaux indicateurs me préviennent qu’en dehors d’un sentier balcon, les itinéraires ne sont pas balisés. On verra bien, j’ai l’habitude de naviguer à vue.

Vallon du Gelon

Le sentier commence par remonter le fond du vallon en rive droite du torrent, puis surmonte une barre rocheuse par quelques zig-zag dans des vernes. Je débouche assez vite sur un vaste plan herbu. Les pancartes ont été démontées en prévision de l’hiver et sont posées au sol. De leur lecture, je conclus qu’à partir d’ici je dois quitter le bon sentier que je suivais jusque là pour de vagues sentes dans l’alpage. Je devine une trace qui monte au col de l’Homme. Cet itinéraire me conviendrait bien, mais un troupeau de moutons occupe le versant protégé par des patous qui ne tardent pas à me repérer et à aboyer dans ma direction. Une expérience stressante en Vercors avec ce genre d’animal, m’incite à contourner largement le troupeau.

Sous les barres rocheuses.

A l’est, l’horizon est barré par les glaciers de la Vanoise.

Me voici donc parti dans des pentes soutenues hors de toute trace. Au bout d’une bonne heure d’effort, je tombe, surpris, sur un bon sentier bien tracé. Ma carte ne l’indique pas et n’en indique aucun de toute façon !
Il monte dans la direction désirée, je le suis donc. Une petite pose casse-croute sur bloc, puis je reprends ma route.

C’est alors qu »au détour d’un épaulement, je tombe nez à nez avec un randonneur qui descend.
Je m’excuse de ma tenue, n’ayant pas eu le temps d’anticiper le croisement, mais ce dernier me dit que cela ne le gêne nullement et que ma tenue est la plus belle que l’on puisse adopter dans ce cadre naturel.
Il m’avertit également qu’il y a une cabane de berger pas loin d’où nous nous trouvons avec un patou un peu agressif.
Du coup, j’opte pour quitter le sentier et suivre la crête Sud qui conduit au Mont Bellacha à travers une série de ressauts et antécimes.

La Pointe des Marmottes Noires.

Alors que je traverse un parc à moutons désert, je domine la minuscule cabane en bois encoché du berger. Pas de patou, mais le maître des lieux assis sur un bidon suit ma progression avec des jumelle qui me renvoient de temps en temps un éclat de lumière.
Il a certainement observé ma tenue étrange et essaye de comprendre.

Gransd Arc et les Bauges en arrière plan.

L’arête devient de plus en plus rocheuse et nécessite même quelques pas d’escalade sur un bon granite, un peu osés pour un homme seul. Finalement je remonte la crête sommitale constituée d’un éboulis herbeux. Deux personnes vaquent au sommet à coté du signal géodésique et observent ma progression. Je renfile mon short à une cinquantaine de mètre d’eux et rejoint le sommet. Ce sont deux jeunes bergers avec leurs chiens. Ils n’ont pu que constater ma nudité, mais n’y font pas allusion dans la conversation qui dure quelques temps.

L’arête rocheuse.

Le petit glacier de Cellier, sous le sommet de la Grande Lauzière.

Il est plus simple de redescendre par le sentier, et quelques dizaines de mètres après avoir quitté mes sympathiques interlocuteurs je retrouve la nudité.

Grande Motte et Grande Casse.

Je suis prudent à l’abord e la cabane, mais plus de berger, plus de chien. je continue donc ma descente dans le même appareil.
Bien plus bas, je suis à nouveau surpris par un randonneur qui monte. IL me demande des renseignements sur l’itinéraire nous comparons nos cartes, ceci tout naturellement, moi nu, lui habillé, sans aucune allusion à mon état.
A la cabane du Gelon je retrouve la route, et comme à l’aller, pour revenir à ma voiture, je re-parcours les 1 Km1/2 de goudron,toujours nu, sans rencontrer personne.
Je redescendrais par Cellier.

Glaciers de la Vanoise.

Extrait de carte IGN