4 juillet 2006
Seul.
Alpes, massif de la Chartreuse.
19h30, je quitte ma voiture garée sur le parking de Malissard et m’engage sur la route qui s’enfonce dans la vallée. Après la petite ondée orageuse de tout à l’heure, le soleil dore à nouveau les falaises qui me font face.
Je poursuis habillé, jusqu’à la fin du goudron, et même un peu plus, car j’ai remarqué des traces de pneus toutes fraîches dans une flaque. Une voiture ONF (seuls autorisés à parcourir cette route) pourrait se trouver au terminus.
Dès que je quitte la route pour le sentier, je me met à nu. C’est, comme à chaque fois, une sensation de liberté retrouvée teintée de l’émotion de la transgression d’un interdit.
Le sentier domine la piste d’une dizaine de mètres et je suis vite rassuré en constatant qu’aucune voiture n’est garée à son terminus. Je suis donc à peu près sur d’être le seul être humain présent dans le vallon.
La chaleur lourde est encore fort présente et très vite je suis en sueur et entouré d’un nuage de mouches que je traîne derrière moi tout au long du chemin. Quelques tans tentent de me prélever un peu de sang, mais mon épiderme libre de tout autre contact les détecte immédiatement.
20h 15, je débouche prudemment col de la Saulce, carrefour avec le grand sentier qui monte à Bellefond. Quelques promeneurs attardés pourraient se hâter dans la descente. Personne, la prairie est déserte.
Un coup d’oeil aux Lances de Malissard, qui rougeoient au soleil couchant et je m’engage à droite sur l’arête boisée, mais cependant étroite qui monte en direction de la Scia. Passé un petit sommet secondaire, la trace borde des prairies aux hautes herbes qui glissent sur mes jambes me rafraîchissant des gouttes héritées de l’averse.

Les lances de Malissard.
Après un parcours sub-horizontal, les dernières traces de passage disparaissent au pied d’une forte pente où je fraye mon chemin, parfois presque à quatre pattes, le corps caressé et embaumé par de grandes ombellifères blanches (ciguë ?) qui me viennent jusque sous les bras.
Je sort sur la crête, le corps couvert de petits pétales blancs collés par la sueur. Le ballet des mouches redouble et un vrombissement continue m’accompagne jusqu’à la croix du sommet.

La Croix de la Scia.

Malissard.

Extrait de la carte IGN.



