La traversée du Grand Som

17 juin 2006.

Seul.

Alpes, massif de la Chartreuse.

Randonue crépusculaire.

En été, la préoccupation d’éviter les rencontres lors de nos randonues en montagne, nous cantonne bien souvent dans des itinéraires de second ordre. Une solution pour pouvoir parcourir les « classiques » est de choisir des horaires où le commun des randonneurs est à la maison.
On pourrait envisager de partir très tôt le matin avant « les autres », mais l’ambiance serait plutôt froide et le retour forcément habillé puisque l’on croiserait les « montants ».
A l’opposé, la soirée voit la montagne également désertée et les longues journées de juin ou juillet nous laissent suffisamment de temps pour parcourir un itinéraire d’envergure sans faire trop de rencontres inopportunes.

C’est dans ces conditions que j’ai entrepris la traversée du Grand Som en Chartreuse, itinéraire on ne peu plus classique.
Le décompte horaire à rebours, m’indiquait que pour être revenu avant la nuit, il fallait partir vers 16 h.
Afin de ne pas rencontrer les derniers « descendants » j’ai rejoint l’itinéraire classique du Racapé au col des Aures à partir des Arragons (voir itinéraire de la crête des Aures sur le groupe Randonue).
Dès mon entrée en forêt je me suis mis nu et ai remonté le vallon en utilisant un ancien chemin qui se déroule en parallèle à la piste forestière que j’ai du reprendre plus haut.

Un discret sentier dans la forêt.

C’est sur cette piste, alors que je me croyais seul, que j’ai au détour d’une courbe brusquement vu briller un pare brise au soleil. J’ai fait un bond en arrière et ai enfilé au plus vite mon short. Redevenu convenable j’ai continué ma progression jusqu’au 4×4 arrêté dont les propriétaires étaient occupés 50 m au dessus à débarder du bois.
Après avoir pris une bonne distance de sécurité, je me remet à nu.
Un cours passage hors sentier me permet d’en rejoindre un autre qui me conduit à la crête des Aures que je suis jusqu’à proximité du col du même nom. En ce point je jouis d’une vue assez large sur le passage rocheux du Racapé. Un petit coup de jumelles ne me révèle pas de quidams en train de descendre.

Dans le passage du Racapé.

Je rejoins alors le col et remonte le long de la ligne de câbles pour finir par sortir par un petit couloir sur la raide prairie sommitale éclairée par un soleil rasant. A nouveau une pose et une inspection aux jumelles : personne au sommet.

A la sortie du Racapé.

Adossé à la croix sommitale.

Celui ci est gagné en quelques minutes et je pose pour quelques photos à coté de la croix.

De là, je domine dans un a-pic de 1000 m le couvent de la Grande Chartreuse qui sombre doucement dans la nuit.

J ‘hésite. Il est 20 h et ne serait-il pas plus prudent de redescendre par mon itinéraire de montée. La crête ensoleillée, parée des teintes du couchant, est si tentante que je décide de poursuivre vers le Nord et de revenir par le col du Frêt.
A cet heure, c’est un lieu magique, le soleil bas sur l’horizon magnifie les couleurs, De part et d’autre les vallées plongent dans une brume nocturne. Les cris des derniers chocards qui rentrent vers leurs gouffres pour passer la nuit soulignent la qualité du silence et la solitude de lieux qui pourtant quelques heures plus tôt voyaient passer des théories de randonneurs textiles chargés de gros sacs à dos.

Sur la Crête.

En quelques bonds aériens, un chamois que j’ai dérangé dans son repas traverse la crête et disparaît dans les lapiaz.
Un peu plus loin au détour d’un éperon rocheux, je tombe nez à nez avec une marmotte qui n’a que le temps de s’enfiler dans une crevasse du fond de laquelle elle m’insulte de cris perçants.
C’est alors qu’au détour du chemin surgit avant que je n’ai pu faire un geste un randonneur en short et débardeur qui monte au sommet depuis le couvent. Un cri de surprise m’échappe et comme je n’ai plus le temps de me rhabiller, je le croise nu en le saluant. Salut auquel il me répond, mais à voir sa tête, il semble ne pas vraiment apprécier la rencontre. Tant pis, il aura ainsi quelque chose d’extraordinaire à raconter en rentrant chez lui…
Un centaine de mètres plus loin je quitte le sentier principal pour continuer à suivre la crête (le chemin des moutons) puis descend progressivement et rejoint le fond du vallon des Éparres. Je cherche à droite sans succès le sentier qui remonte au col du Frêt. Je sent que je m’engage trop bas dans ce vallon qui me ramènerait fort loin de mon point de départ. L’inquiétude me gagne. A 21 h je n’ai plus le temps de faire des erreurs d’itinéraire. Je reviens alors un peu en arrière et repère le col barré d’un arbre en travers juste sous la sortie du couloir. Je sais que le sentier y passe et entreprend de remonter l’étroit goulet herbu. L’effort me durcit les mollets et je rejoins le sentier peu avant le col à la limite de la crampe.
Une pose sur l’étroite brèche pour grignoter une barre chocolatée et boire, me permet de profiter des derniers rayons du soleil avant de plonger dans le versant de la nuit.

Au col du Frêt.

Après avoir rassemblé mes affaires dans mon sac je dévale le raide et tortueux sentier des « 120 lacets » jusqu’à la tourbière des Granges de Bovinant. Une dernière photo, bien que la lumière soit maintenant faible et je remballe mon matériel dans le sac à dos et m’engage dans la forêt.
Le sentier remonte légèrement, travers une clairière puis s’enfonce dans un profond vallon. Quelques centaines de mètres plus bas, il devient piste forestière, puis route. Peu avant le goudron, je quitte la piste pour un raccourcis à travers bois qui me ramène au dessus du village des Rey. Il est temps de me rhabiller à la vue des premières maisons.

Extrait de carte IGN.