TRILOGIE AUTOMNALE 3

Le col de Tricot (2120 m, Massif du Mont-Blanc)

le 14 octobre 2025

Avec Alain, Brigitte et Bruno

J’avais lu sur internet un récit enthousiaste accompagné de belles photos de la montée hors saison au “Nid d’Aigle“ sur la route ultra-classique du Mont Blanc. Nostalgie, nostalgie…

C’était un peu loin de chez moi (2h 1/2 de route), mais l’attrait des glaciers et d’un itinéraire mythique firent que je persuadais mes amis de m’y accompagner.

Dans sa préparation, à la lecture des cartes, le projet se modifia en peu. Le Nid-d’Aigle ne devait pas présenter d’aussi belles vues en raison du manque de recul par rapport au glacier de Bionassay.

L’itinéraire du col de Tricot, au contraire, permettrait d’avoir une vue dégagée sur les sommets.

Mais l’état de mon genou droit, suite à la rando précédente dans Belledonne, m’inquiète. J’ai cherché sur ma route une pharmacie ouverte pour acheter une genouillère, mais il est trop tôt. Tant pis, j’essaierai de ne pas trop le solliciter.

Donc, nous voila au hameau des Bettières vers 10h du matin, par une belle journée d’automne.

Le début de la rando se déroule dans de larges prairies, peu pentues exposées au sud et dès les derniers chalets laissés derrière nous. Au Planet, Alain tombe les habits.

La tranquille balade prend fin peu après ce lieu-dit et se transforme en une raide montée, en forêt, encombrée de blocs. Un petit plateau où la vue se dégage sur les 4000 puis une descente raide vers le torrent de Bionassay. C’est à ce moment-là qu’un jogger nous double sans faire de remarques sur notre nudité.

Un joli lac bleu au front du glacier, se dévoile à travers les arbres, puis après une nouvelle descente raide, nous découvrons une passerelle himalayenne enjambant un torrent furieux issu du glacier.

Alors que nous prenons de nombreuses photos de ce lieu romantique, un couple nous rattrape. Alain n’a pas vu venir et reste nu. Nous expliquons le concept de randonue.

Je souffle un peu dans la montée aux chalets de Tricot, mais le panorama extraordinaire sur le glacier qui descend en cascade de séracs du plateau supérieur, et l’amphithéâtre de sommets qui le dominent valaient bien l’effort.

Alain et moi, avons retrouvé depuis pas mal de temps notre tenue de peau, alors que Brigitte reste réservée.

La suite se présente comme une douce montée dans un alpage ou trainent encore quelques plaques de neige d’un épisode précédent. Une courte traversée nous amène sur la crête nord-est du Mont Vorassay et nous prodigue un panorama 360° à la fois sur les 4000 enneigés de frais qui nous font face et à l’opposé, au-delà de la mer de nuages qui englouti la vallée, sur les sommets des Aravis et des Fiz.

J’ai une pensée pour ma fille qui habite à Sallanches sous cette crasse, et ne verra pas le soleil de la journée.

Un peu plus loin, alors que le sentier quitte la crête pour une douce traversée en direction du col, Alain nous quitte pour suivre cette dernière par une vague trace vers le sommet du Mont Vorassay.

Avec Brigitte, nous gagnons rapidement la large selle du col de Tricot.

Rhabillé à cause de la présence de deux femmes abritées du vent derrière un bloc, et qui ne semblent pas envisager de partir de sitôt, nous trouvons une plate-forme bien exposée au sud pour attendre au soleil Alain qui tarde à descendre du sommet.

Alors que nous commençons à nous inquiéter de son sort et de celui du casse-croute de Brigitte qui se trouve dans son sac, nous l’apercevons qui descend la raide pente herbue sous le sommet.

La pause, face aux Dômes de Miages ne s’éternise pas trop, car la descente va s‘avérer un peu longue.

Mon genou a tenu le coup jusqu’ici. Mais là, dès la remise en route, sur un sentier pourtant très peu pentu, je ressens une douleur d’abords vague, puis qui se précise.

Tout va à peu près jusqu’à la passerelle, où nous décidons, histoire de changer d’itinéraire, de revenir par le passage des Recorbes.

Rapidement, la pente, en forêt, sur la crête d’une moraine à blocs, s’avère raide. Mon genou n’apprécie pas du tout et me fait de plus en plus souffrir. Je n’en vois pas la fin. Une pause biologique m’amène à poser mon sac et mon appareil photo. Cinquante mètres plus bas, lorsque je veux prendre en photo d’une belle cascade, je m’aperçois que l’appareil est resté à mon dernier arrêt. Cinquante mètres de remonté douloureuse pour le récupérer.

Mes amis m’ont, du coup, pris une belle avance.

Enfin, le sentier débouche sur un chemin horizontal qui nous conduit à une passerelle sur le torrent. On sort de la forêt, pour de belles prairies et de magnifiques chalets en bois encoché avec une dernière vue sur les grands sommets au-delà des ors de la forêt automnale.

Le long retour en voiture voit les muscles et les articulations s’ankyloser, au point qu’arrivé chez moi, j’ai le plus grand mal à descendre de voiture.

La nuit fut douloureuse et aussi les jours suivants. Je me retrouvais handicapé, au point de devoir renoncer à de nouvelles randonnées pour tout le début de l’hiver.

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