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Les Passerelles du Trièves

Alpes,  bassin du Trièves

9 juin 2013

Seul.

Ce week-end de début juin s’annonçait orageux et pluvieux. J’ai du annuler une randonue collective en raison  du mauvais temps annoncé.  Étant pour un fois libre de mon temps, je me désespérais de ne pouvoir en profiter pour randonner nu.
Alors, après avoir, pour peut-être la dixième, fois interrogé les différentes météos qui toutes annonçaient des orages plus ou moins tôt dans la journée, une idée d’itinéraire un peu folle me trottais dans la tête.
A deux heures du matin, la pluie battait les vélux et je me rendormis sans espoir.
A 3h1/4, je me réveille et pousse un volet sans conviction. A ma grande surprise, le ciel est plein d’étoiles. Branle bas de combat ! Le sac est vite bouclé et un petit déjeuner rapidement engloutis.
A 4h-1/4, je suis en route. A Grenoble, les lumières de la ville éclairent un plafond jaunâtre de nuages bas.
En remontant vers le Trièves, avec le petit jour qui pointe, des déchirures plus claires apparaissent de ci-de-là dans le ciel.
A 5h, j’arrive sur le parking désert de Treffort au bord du lac du Monteynard. Le thermomètre de la voiture indique 9°. Un peu juste pour randonner nu à cette heure, mais on verra bien.
Je ne connais pas les lieux, et je tourne sur les différents parkings à la recherche du départ du sentier, réveillant probablement certains des nombreux camping-caristes dont les véhicules s’alignent au bord de la voie.
Retour au bâtiment d’accueil où j’ai du mal à lire le plan dans la pénombre. Finalement, j’en conclus que le sentier doit se trouver à l’extrémité du dernier parking. Là bas, effectivement une sente se cache sous l’ombre opaque d’un grand arbre. Très vite, je me rend compte qu’il ne s’agit pas du chemin hautement fréquente que je recherche. Tant pis, il prend la bonne direction. Après avoir traversé un pré où je trempe mon pantalon dans les hautes herbes, je rejoint une route goudronnée et là je comprend que le vrai départ doit se situer bien plus au Sud sur un autre parking à Herbelon. J’ai tout le temps de m’échauffer en marchant rapidement sur le bitume. Enfin, je retrouve la forêt encore quelques cabanons , un pécheur,  et je suis tranquille. Je tombe mes habits.
Le circuit des passerelles autour du lac de Monteynard est un grand ‘spot’ touristique. Mon idée était qu’en dehors des horaires du bateau ‘La Mira’ qui permet la traversée du lac, la boucle ne devait pas être très fréquentée. La soirée étant exclue en raison des orages, restait le matin. Internet m’appris que le premier bateau levait l’ancre vers 9 h. Cela me laissait une marge d’environ 5 h, si je partais au petit jour.  Éventuellement, je prendrais le bateau dans l’autre sens.
Le large sentier longe d’abord le lac et est souvent boueux, parfois glissant. Puis il rejoint une large piste rectiligne qui chemine à flanc de versant. Là pas de problème, visibilité maximum, mais qui viendrait à ma rencontre à 6 h du matin !

Gorges de l’Ebron.

La piste finit au dessus de la première passerelle en balcon au dessus d’une branche du lac très encaissée. Les lieux sont déserts. J’en profite pour prendre quelques photos de la gorge, du pont de l’Ebron, site de saut à l’élastique, et de la fameuse passerelle. En fait, il s’agit d’un pont himalayen moderne en câbles d’acier supportant une plateforme d’environ 1 m de large. L’installation, soigneusement galvanisée, paraît un peu insolite dans ce cadre.

La passerelle sur l’Ebron.

J’entreprends la traversée qui est sans difficulté, ni risque ni même vertige. Un ‘gouelle’ de service m’attend au milieu du pont et injurie cet étrange bipède nu qui ne daigne pas lui donner quelque-chose à engloutir.

Sur la passerelle de l’Ebron.

En face le sentier remonte rapidement par 3 ou 4 zig-zags puis s’élève sur une crête en forêt. Quelques belvédères ont été aménagés afin d’offrir une vue sur le lac. Des espaces de repos avec bancs et table attendent les randonneurs du bateau. Mais pour le moment personne.

Lac de Monteynard.

La crête se finit sur une route goudronnée que l’itinéraire suit sur une centaine de mètres, l’occasion de ceinturer la ‘jupette’.

Un timide soleil levant vient colorer les sommets du Vercors.

On plonge alors dans l’autre versant vers le Drac. Au début le milieu est plus ouvert, et dégage quelques vues intéressantes.

Ensuite c’est à nouveau la forêt et un chemin désagréablement boueux et glissant. Finalement on arrive sur la seconde passerelle, identique à la précédente ; toujours aussi déserte. Il est 7h30. Sur l’autre rive, le chemin me conduit rapidement à une route départementale, aucun intérêt à continuer…

Passerelle sur le Drac.
La gorge du Drac.

Après avoir cassé une croute, je décide finalement de revenir sur mes pas. Toujours aucun randonneur textile en vue. Alors que je patauge dans une flaque de boue, je perçois le grognement d’un chien. La jupette vite mise en place, je croise un autochtone en treillis de chasse qui descend vers le Drac. Il a dû, compte tenu de la température ambiante, me prendre pour un fou…. Son 4×4 est garé un peu plus haut.
Une vue sur le lac me permet d’observer le premier voyage de la journée de la Mira. Les randonneurs seront au départ à Savel dans une demi-heure. J’ai au moins une heure d’avance sur les plus rapides. Donc pas de rencontres à craindre.
La météo n’est pas terrible, s’il ne pleut pas ici, le ciel est couvert et les montagnes de l’Oisans et du Dévoluy se perdent dans des jambes de pluie et de neige.
Les mollets commencent à tirer, mais à partir de la crête, ce n’est plus que descente. Toujours personne. Je resterais nu jusqu’à proximité du château d’Herbelon, passant à quelques mètres  du pécheur de ce matin qui ne se détournera même pas. Des voix toutes proches provenant d’un cabanon m’incitent à me rhabiller définitivement.
A 10 h, je suis à ma voiture. La Mira entame sa seconde traversée sous un ciel plombé, le pont couvert de touristes enfouis dans des doudounes multicolores.

Le Jocou

30 septembre 2012.

Seul.

Alpes, massif du Vercors.

Une grande classique à l’extrême sud du Vercors.

La pluie me poursuit de Grenoble au col de La Croix Haute. Je commence à maudir la météo qui s’est encore un fois trompée et suis sur le point de faire demi-tour. Mais voila qu’en attaquant la montée du col de Grimone, une barre de ciel tout bleu apparait au Sud.

Col de Grimone.

Arête des Amoussières au Jocou.

Le départ est glacial et n’incite pas à la nudité. Mon itinéraire consiste à contourner le Jocou par l’Ouest et rejoindre l’arête Nord à partir du col de Seysse.

Dès que j’ai quitté l’alignement du col de vente-Cul, le vent tombe et le soleil généreux m’incite à prendre notre tenue préférée.

Vallée du Charan.

La mer de nuage se déverse par dessus le col de Seysse, puis se dissout.

Durant toute la traversée du versant ouest, le col vers lequel je me dirige sert de déversoir à une langue de nuages qui se dissipe rapidement sur ce versant.

Au fur et à mesure que je me rapproche du torrent de brume, des rafales de vent froid parviennent de plus en plus souvent à moi ; jusqu’à ce que je soit engloutis par le brouillard.
Inutile d’essayer de résister à la bise, il faut se rhabiller.

Plateau du Glandasse.

Le sommet du Jocou.

Une petite pose.

Ici la vue à 360° est exceptionnelle. Les montagnes émergent de la mer de nuages moutonnée, éblouissante au soleil. Le panorama s’étend du Vercors avec le Grand Veymond et le Mont Aiguille, à l’Oisans blanchis de quelques neiges fraiches, le Dévoluy où l’on reconnait l’Obiou et le Grand Ferrand, au Sud le moutonnement bleuté des montagnes de la Drôme et de Provence.

Sur les arêtes.

Au loin l’Oisans. A droite l’Obiou (Dévoluy).

Le sommet, tel la quille d’une grande barque renversée, abrite dans un creux une petite cabane de berger en bois.

Le Devoluy.

La descente toujours bien ensoleillée et agréable me ramène à travers une forêt de mélèzes jusqu’à la voiture sans devoir me rhabiller.
Ma seule rencontre sera celle d’un agriculteur qui trop occupé à replier ses parcs à mouton ne m’a même pas vu.

Mélèse mal acclimatés.

Extrait de carte IGN.